Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 29 mars 2024 et 9 mars 2026, M. B... A..., représenté par Me Khiter, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 8 mars 2024 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a procédé au retrait de sa carte professionnelle d’agent privé de sécurité ;
2°) d’enjoindre au directeur du CNAPS de lui restituer sa carte professionnelle, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’un vice de procédure au regard des dispositions de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu’il n’a pas bénéficié d’une procédure contradictoire préalable ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors qu’il a bénéficié du renouvellement de sa carte professionnelle et d’une autorisation d’entrée en formation à l’issue de deux enquêtes administratives ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation et d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure dès lors qu’il n’est pas démontré que son comportement était incompatible avec l’exercice de ses fonctions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 décembre 2025, le conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par M. A... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. d’Argenson ;
- et les conclusions de Mme Charlery, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B... A... s’est vu délivrer une carte professionnelle d’agent privé de sécurité valable du 20 novembre 2023 jusqu’au 20 novembre 2028. Par une décision du 8 mars 2024, dont M. A... demande l’annulation, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a procédé au retrait de sa carte professionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes de l’article L. 612-20 du code de sécurité intérieure : « Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : (...) 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées (...) La carte professionnelle peut être retirée lorsque son titulaire cesse de remplir l'une des conditions prévues aux 1o, 2o , 3o, 4o et 5o du présent article./ (…) En cas d’urgence, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité peut retirer la carte professionnelle (…) ».
3. Pour procéder au retrait de la carte professionnelle d’agent privé de sécurité de
M. A..., le directeur du CNAPS s’est fondé sur la circonstance que des éléments portés à sa connaissance établissaient que M. A... avait un comportement de nature à porter atteinte à la sécurité publique. Dans ses écritures, le requérant soutient qu’il dispose d’un casier judiciaire vierge et qu’il n’a jamais adopté un comportement incompatible avec les fonctions d’agent de sécurité privée. Il se prévaut du renouvellement de sa carte professionnelle le 20 novembre 2023 et d’une autorisation d’entrée en formation du 7 décembre 2023, à l’issue de deux enquêtes administratives. En défense, le CNAPS produit un avis daté du 30 mai 2024 du service national des enquêtes administratives de sécurité (SNEAS) qui indique que M. A... « est connu d’un service tiers depuis 2018 [et qu’il] a fait l’objet d’un signalement en avril 2018 en raison de sa soudaine pratique rigoriste de la religion musulmane. Par ailleurs, selon ce même avis : « Aucun élément de radicalisation à caractère violente ou terroriste n’a été mis en évidence à ce jour. Malgré l’absence d’éléments précis et circonstanciés concernant la nature des liens de M. A... avec ladite mouvance, le fait qu’il soit connu d’un service tiers depuis 2018 car susceptible d’être radicalisé et d’être en lien avec la mouvance islamiste radicale conduit à s’interroger quant à une possible commission d’actes contestataires dans le cadre de ses fonctions d'agent de sécurité privée. » Si ces éléments pouvaient fonder un refus d’autoriser M. A... à participer aux activités de sécurisation des jeux olympiques, ils ne pouvaient à eux seuls, en l’absence d’autres éléments de nature à caractériser précisément un comportement méconnaissant les obligations rappelées au point 2, justifier le retrait de sa carte professionnelle d’agent de sécurité privée. M. A... est ainsi fondé à soutenir que le directeur du CNAPS a commis une erreur d’appréciation en considérant que son comportement ou ses agissements étaient incompatibles avec l'exercice d’une activité privée de sécurité, et à demander, pour ce motif, l’annulation de la décision attaquée du 8 mars 2024.
Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :
4. Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ».
5. Eu égard au motif d’annulation retenu au point 3, il y a lieu d’enjoindre au CNAPS de réexaminer la situation de M. A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a en revanche pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du CNAPS la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 8 mars 2024 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a procédé au retrait de sa carte professionnelle d’agent privé de sécurité est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur du CNAPS de réexaminer la situation de M. A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le CNAPS versera la somme de 1 500 euros à M. A... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au directeur du conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
Mme Sénécal, première conseillère,
Mme Koundio, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2026.
Le président-rapporteur,
signé
P.-H. d'Argenson
L’assesseur le plus ancien dans l’ordre du tableau,
signé
I. Sénécal
La greffière,
signé
V. Ricaud
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.