mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404821 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MBOMBO MULUMBA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 avril 2024, Mme B, représentée par Me Mbombo Mulumba, avocate désignée d'office, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé de son transfert aux autorités croates responsables de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui remettre une attestation de demande d'asile, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours courant à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
Mme B soutient que :
- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il contrevient à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait les articles 9 et 10 du règlement Dublin III.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise confirme la décision attaquée et se borne à communiquer les pièces constitutives du dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n°603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Charlery conformément à l'article L. 572-5 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 avril 2024 :
- le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée ;
- les observations de Me Mbombo Mulumba, avocate désignée d'office, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et invoque le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013 ; elle précise que Mme B s'est inscrite à des cours de français ;
- les observations de Mme B, assistée de M. C, interprète en langue turque, qui précise qu'elle est entrée en France en juin 2023 et que la demande d'asile de son époux a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile ;
- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante turque née le 2 mars 1974, a introduit une demande d'asile en France le 20 février 2024. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation du fichier " Eurodac " a révélé que l'intéressée avait sollicité l'asile auprès des autorités croates préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France. Ces autorités, saisies le 21 février 2024 d'une demande de reprise en charge de Mme B, en application de l'article 18-1 du règlement CE n°604/2013, l'ont acceptée explicitement le 6 mars 2024. Par un arrêté en date du 25 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise a décidé de transférer Mme B aux autorités croates. La requérante demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme E F, cheffe de la section asile de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation du préfet de ce département à l'effet de signer " les arrêtés de transfert pris en application de la procédure Dublin ", consentie par l'arrêté n°23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration ou de son adjointe. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit". Le bénéfice de la clause attribuant à un État membre la responsabilité de l'examen de la demande d'asile d'un demandeur qui se prévaut de l'existence de liens familiaux sur son territoire, prévue par l'article 9 du règlement n°604/2013 cité au point précédent, est réservé aux demandeurs qui justifient, d'une part, que les membres de familles dont il est fait état séjournent régulièrement dans l'État membre concerné en tant que bénéficiaires d'une protection internationale, et d'autre part, sauf dans le cas où le demandeur est mineur, qu'il s'agit de leur conjoint ou de leurs enfants mineurs, ainsi que le prévoit le paragraphe g) "membres de la famille" de l'article 2 du règlement (UE) n°604/2013.
4. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 9 du règlement précité ne peut qu'être écarté comme inopérant, dès lors que Mme B n'allègue pas qu'un membre de sa famille, au sens des dispositions de l'article 2 du règlement n°604/2013 précité, se serait vu reconnaître le statut de réfugié.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 10 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 : " Si le demandeur a, dans un État membre, un membre de sa famille dont la demande de protection internationale présentée dans cet État membre n'a pas encore fait l'objet d'une première décision sur le fond, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit. "
6. Pour justifier de ce qu'elle serait susceptible de bénéficier de l'application des dispositions citées ci-dessus, Mme B verse à l'instance l'attestation d'examen en procédure accélérée de sa demande d'asile, délivrée le 8 août 2019 à son époux, M. A B, et valable jusqu'au 7 février 2020. Elle n'allègue toutefois pas que cette attestation aurait été renouvelée et que la demande de son époux se trouverait encore en cours d'instruction à la date du présent jugement. Au contraire, il ressort des débats à l'audience que la demande d'asile de M. B a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile. De sorte que Mme B ne peut se prévaloir des dispositions citées au point précédent. Dans ces conditions, l'intéressée n'est pas fondée à faire valoir que le préfet a méconnu les dispositions précitées en s'abstenant de regarder la France comme l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Mme B fait valoir qu'elle s'est rendue en France pour rejoindre son mari, M. A B, lequel y est présent depuis 5 ans et est le père de ses quatre enfants. Il ressort des pièces produites, en particulier du certificat de scolarité du fils de Mme B, H B, qui indique que l'enfant a été scolarisé à compter de la rentrée scolaire 2023/2024 et de l'attestation de demande d'asile délivrée à la requérante le 20 février 2024, que cette dernière n'est présente en France que depuis, au mieux, le mois de septembre 2023, soit à peine sept mois à la date de la décision en litige. Par ailleurs, il n'est pas établi que l'époux de Mme B réside sur le territoire de manière régulière, dès lors que la requérante a indiqué à l'audience que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, Mme B, qui n'établit pas avoir installé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France de manière ancienne, stable et durable, n'est pas fondée à soutenir qu'en prenant la décision attaquée, le préfet du Val-d'Oise aurait porté au droit dont elle dispose à mener une vie personnelle et familiale normale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, et qu'il aurait, ce faisant, méconnu les stipulations précitées.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
10. Si Mme B soutient que la décision en litige n'a pas pris en compte l'intérêt supérieur de ses enfants, elle n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant au juge d'en apprécier la matérialité et le bien-fondé.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 susvisé : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ".
12. Alors que Mme B invoque à l'audience le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet en s'abstenant de mettre en œuvre la clause discrétionnaire prévue par les dispositions citées au point précédent du présent jugement, elle n'assortit ce moyen d'aucune précision pour permettre au juge d'apprécier la réalité et le bien-fondé du moyen invoqué. En tout état de cause, pour les motifs énoncés aux points 6 et 8 du présent jugement, le moyen ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais de procédure.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. Charlery Le greffier,
signé
M. G
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026