Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404895
vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404895 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Beauvironnet, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 4 septembre 1984 à Casablanca (Maroc), est entré sur le territoire français le 23 octobre 1989. Le 11 avril 2023, il a sollicité le renouvellement de sa carte de résident valable du 4 septembre 2012 au 3 septembre 2022 sur le fondement des dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date 29 février 2024, le préfet du Val d'Oise a refusé de faire droit à cette demande et prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
En ce qui concerne l'arrêté pris en son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C B, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui a reçu délégation de signature prise par arrêté préfectoral n°23-071 du 22 décembre 2023 publié au recueil des actes administratifs spécial le 22 décembre 2023 à l'effet de signer, au nom du préfet, les refus de demandes de carte de dix ans, toute obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire et toute interdiction de retour sur le territoire français prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen d'incompétence invoqué par M. A doit être écarté.
3. En deuxième lieu, pris au visa des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, ainsi que des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'arrêté attaqué mentionne les faits qui en constituent le fondement. Il indique ainsi les motifs pour lesquels le requérant ne peut prétendre à un renouvellement de son titre de séjour. Il précise également qu'eu égard à sa situation personnelle et familiale, le requérant étant célibataire et sans charge de famille, il peut être obligé à quitter le territoire français et que, son comportement constituant une menace pour l'ordre public, il peut faire l'objet d'un refus de départ volontaire et d'une interdiction de retour sur le territoire français. Enfin, il relève que l'intéressé n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Cet arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé. Le moyen, qui n'est pas fondé, pourra donc être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'absence de menace grave pour l'ordre public, de l'établissement de la résidence habituelle de l'étranger en France et des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit. ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné à quatorze reprises entre 2004 et 2022, notamment pour usage illicite de stupéfiants, conduite d'un véhicule sans permis et conduite d'un véhicule en état d'ivresse, et qu'il est connu au fichier du traitement des antécédents judiciaires pour des faits de violence commis entre 2000 et 2005. Dans ces conditions, au regard de la réitération de ces faits, de leur gravité et de la persistance de la commission d'infractions de toute nature par le requérant, le préfet du Val-d'Oise a pu considérer, que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "
7. M. A fait état, d'une part, de l'ancienneté de sa présence en France, où il réside depuis l'âge de cinq ans, d'autre part, de la circonstance qu'il y a suivi l'ensemble de sa scolarité et, enfin, de ses liens familiaux et personnels forts sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui est célibataire et sans charge de famille, ne justifie pas de la réalité et de l'intensité de ses attaches personnelles et familiales en France, ni d'une insertion au sein de la société française. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en dépit de l'ancienneté de sa présence sur le territoire, au regard notamment de la multiplicité et de la gravité des faits pour lesquels il a été condamné, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect à la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs, le requérant, qui est célibataire, sans charge de famille et sans emploi, n'établit pas être intégré au sein de la société française. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet sur sa situation personnelle et familiale doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance et aux dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 30 aout 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
Mme Zaccaron Guérin, première conseillère,
Mme Beauvironnet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
E. Beauvironnet
La présidente,
signé
S. Edert
Le greffier
signé
F. Lux
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2404895