Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404989
jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2404989 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 avril 2024, M. A, représenté par Me Il, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui remettre, dans cette attente, une attestation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français :
- elles sont illégales par exception d'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur matérielle ;
- elle est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 17 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 juin 2024 à 12 heures.
Par un courrier du 22 juillet 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal, en cas d'annulation des décisions attaquées, était susceptible d'enjoindre d'office au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer un titre de séjour à M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lusinier, conseillère ;
- et les observations de Me Il, représentant M. A.
Une note en délibéré a été produite pour M. A le 5 septembre 2024 à 17 heures 29.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant chinois né le 11 janvier 1996, est entré sur le territoire français le 9 septembre 2015 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ", avant de bénéficier de plusieurs titres de séjour en cette qualité, dont le dernier était valable jusqu'au 4 novembre 2019. Le 4 mai 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'en principe, pour obtenir une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", l'étranger doit justifier être entré en France avec un visa de long séjour, établir la réalité des études ou des enseignements suivis en France et disposer de moyens d'existence suffisants. Ce n'est qu'en cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger poursuit des études supérieures après une scolarité ininterrompue depuis l'âge de seize ans qu'il peut être dispensé de produire un visa long séjour, à la condition toutefois d'être entré régulièrement sur le territoire français.
4. Pour refuser à M. A le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur son maintien irrégulier en France depuis l'expiration de sa carte de séjour le 4 novembre 2019, alors même qu'il ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle, ni du caractère réel et sérieux de ses études. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " valable un an en vue de suivre des études supérieures de génie mécanique à Nancy et qu'il a déménagé en région parisienne en 2019 afin de commencer des études de design au sein de l'Ecole de communication visuelle (ECV) de Paris, où il est désormais inscrit en Master II mention " Direction Artistique en Design Graphique ", comme l'attestent les certificats de scolarité produits pour les années 2019 à 2024. Dès lors, contrairement à ce que soutient le préfet des Hauts-de-Seine, le fait que M. A soit scolarisé en Master II pour sa cinquième année d'études confirme qu'il a validé chaque année sans redoublement et que, par conséquent, le caractère réel et sérieux de ses études est établi. Par ailleurs, M. A, qui produit un relevé de compte daté du 19 février 2024 et faisant état d'un solde créditeur d'un montant de 6 245,66 euros, soutient, sans être contredit par le préfet des Hauts-de-Seine, disposer de ressources suffisantes pour poursuivre sa formation. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a sollicité un premier rendez-vous en 2019 auprès de la préfecture de Seine-Saint-Denis, puis un deuxième auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine dont il dépend depuis son déménagement à Courbevoie en juillet 2020, mais qu'aucun de ces rendez-vous n'a donné lieu à un enregistrement en raison de pièces supposées manquantes. C'est à cette période qu'a été créée une télé-procédure permettant de saisir en ligne les demandes de titres de séjour, mais qui nécessite de s'être préalablement inscrit sur le site de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF). Or, malgré de multiples tentatives, comme en attestent les courriels échangés avec les différents services de l'Etat, M. A n'est pas parvenu à s'inscrire sur le site, le contraignant ainsi à saisir le tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'un référé mesure utile, dont il a obtenu satisfaction par ordonnance n° 2317168 du 5 février 2024, tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de le convoquer en préfecture afin de lui permettre de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour. Enfin, M. A ne constitue pas de menace à l'ordre public, n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et est en concubinage avec une compatriote en situation régulière munie d'un passeport " talent " valable jusqu'au 28 février 2027. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir qu'en refusant de renouveler sa demande de titre de séjour, le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 mars 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour. Il en va de même, par voie de conséquence, des décisions du même jour par lesquelles il l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur l'injonction d'office :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre d'office au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer un titre de séjour à M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Les décisions du 22 mars 2024 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. A un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La requête de M. A est rejetée pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
V. LUSINIER
La présidente,
Signé
C. ORIOLLa greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière