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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2405026

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405026

mardi 27 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDECOUSU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule l'arrêté du 12 février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme C..., ressortissante algérienne. Le tribunal estime que cette décision méconnaît l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de l'âge avancé de la requérante (70 ans), de la présence de ses cinq enfants et dix-huit petits-enfants en France, de son état de santé nécessitant une assistance constante, et de l'absence d'attaches significatives en Algérie. Le préfet est enjoint de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention "vie privée et familiale" dans un délai de trente jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2024, Mme A... C..., veuve D..., représentée par Me Decousu, avocate, demande au Tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 12 février 2024 par lequel le préfet du Val-d’Oise a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention « vie privée et familiale », et subsidiairement tout autre titre de séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C..., veuve D... soutient que l’arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;
- méconnaît les stipulations du 5° de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation.
La requête de Mme C..., veuve D... a été communiquée au préfet du Val-d’Oise qui n’a pas produit de mémoire en défense, ni versé de pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteuse publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Villette, conseiller, a été entendu au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :

Mme C..., veuve D..., ressortissante algérienne, a présenté au préfet du Val-d’Oise, le 3 avril 2023, une demande tendant à la délivrance d’un certificat de résidence algérien portant la mention « vie privée et familiale », sur le fondement des stipulations du 5° de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 12 février 2024, dont la requérante demande l’annulation, le préfet du Val-d’Oise a rejeté cette demande.

Sur les conclusions aux fins de l’annulation :

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

La requérante, née le 28 août 1953, et donc âgée de soixante-dix ans à la date de la décision attaquée et veuve depuis le 23 juillet 2001, déclare, sans être contredite, être entrée en France en février 2020, munie d’un visa de court séjour. Il ressort des pièces du dossier que la requérante y a ainsi rejoint ses cinq enfants, tous de nationalité française, chez l’un desquels elle est hébergée depuis le mois d’octobre 2020, ainsi que ses dix-huit petits-enfants, dont l’un est en situation de handicap, à l’éducation desquels elle contribue. L’intéressée, qui vivait dans un village isolé en Kabylie, fait valoir ne plus avoir d’attaches dans son pays d’origine, hormis la présence d’une de ses sœurs dont elle n’est pas proche. Enfin, il ressort des pièces du dossier que Mme C..., veuve D... souffre d’une pathologie cardiaque pour laquelle elle est suivie en France depuis 2014, qui nécessite la présence d’un tiers à ses côtés en permanence. Dans ces conditions, compte tenu de la fixation du centre de ses intérêts personnels et familiaux sur le territoire français, Mme C..., veuve D... est fondée à soutenir que la décision du préfet du Val-d’Oise a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise et méconnaît ainsi les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C..., veuve D... est fondée à demander l’annulation de l’arrêté attaqué.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

Aux termes du premier alinéa de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. ».

L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet du Val-d’Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme C..., veuve D... un certificat de résidence algérien d’une durée d’un an portant la mention « vie privée et familiale », dans un délai qu’il convient de fixer à trente jours à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu, à ce stade, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État le versement à Mme C..., veuve D... d’une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D É C I D E :



Article 1er : L’arrêté du préfet du Val-d’Oise du 12 février 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme C..., veuve D... un certificat de résidence algérien d’une durée d’un an portant la mention « vie privée et familiale », dans le délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’État versera la somme de 1 000 euros à Mme C..., veuve D... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C..., veuve D... est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C..., veuve D... et au préfet du Val-d’Oise.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Villette et M. Chichportiche-Fossier, conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2026.

Le rapporteur,

signé


G. VILLETTE
Le président,

signé


K. KELFANILa greffière,

signé


L. CHOUITEH

La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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