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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2405037

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405037

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405037
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBOUSSOUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 avril 2024, l'établissement public national Antoine Koenigswarter (EPNAK), représenté par Me Eyrignoux, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à Mme B A de libérer sans délai le logement appartenant à l'EPNAK qu'elle occupe sans droit ni titre, situé au 41 rue Bernard Jugault à Asnières-sur-Seine (92600) et la place de stationnement affectée à ce logement situé au 35, rue de Nanterre à Asnières-sur-Seine sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) de l'autoriser à procéder à la libération de ce logement à l'expiration d'un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, au besoin, avec le concours de la force publique ;

3°) de mettre à la charge de Mme B A la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent dès lors que :

. d'une part, le logement occupé appartient au domaine public ; il est situé sur la parcelle anciennement cadastrée AC 127 appartenant initialement au département des Hauts-de-Seine ; cette parcelle a été divisée en deux parcelles cadastrées 309 et 310 ; le logement était placé sur la parcelle 309 qui sera réunie avec la parcelle 321 pour former la parcelle AC 326 appartenant au département des Hauts-de-Seine qui sera mise à disposition de l'institut départemental Gustave Baguer et affectée à des constructions répondant aux besoins du service public devant être remplis par l'Institut. Cette affectation n'a jamais cessé, aucune décision de déclassement n'est intervenue. La cession de toutes les propriétés de l'Institut à l'EPNAK n'a eu aucun effet sur l'affectation aux missions de service public du logement qui a ainsi été conservé.

. en tout état de cause, selon la jurisprudence du conseil d'Etat et notamment la décision n°402383 du 20 décembre 2017, le juge administratif est toujours compétent pour connaître d'une demande d'expulsion d'un occupant d'un logement concédé par nécessité absolue de service ;

. en outre, la décision du 14 décembre 2023 portant concession du logement en cause par nécessité absolue de service comporte des clauses exorbitantes de droit commun ;

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que le maintien illégal de Mme A dans le logement préjudicie de manière grave et immédiate à l'intérêt public ainsi qu'au bon fonctionnement et à la continuité du service public ; cette occupation sans titre ni droit empêche de faire face aux besoins nouveaux relatifs à l'accueil d'enfants en situation de handicap et a pour effet de soustraire le domaine public à sa destination normale ; ainsi, le contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens (CPOM) régionale Ile-de-France est actuellement en attente de signature, les objectifs en terme de mutualisation et de restructuration de son patrimoine ne peuvent être atteint faute de pouvoir disposer du bien immobilier en cause ;

- la mesure sollicitée est utile, dès lors que Mme A ne remplit plus les conditions pour bénéficier du logement de fonctions qu'elle occupe sans titre depuis plusieurs mois ; qu'en outre, il se trouve dans l'impossibilité de lui faire respecter les mises en demeure qui lui ont été adressées et qu'enfin, il n'est pas en mesure d'utiliser le pavillon occupé pour les besoins du service ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que, d'une part, la décision du 14 décembre 2022, par laquelle l'EPNAK a reconduit à compter du 1er janvier 2023 la concession de logement accordée, a été abrogée en date du 4 mai 2023 au motif que l'occupante n'était plus amenée à assurer des astreintes, et que d'autre part, elle ne dispose plus de titre pour occuper le logement. Le juge des référés de ce tribunal a rejeté par ordonnance du

29 septembre 2023 les requêtes n° 2312401 et 2312407 à fin de suspension des décisions du 4 mai 2023 mettant fin à la concession du logement et du 26 avril 2023 lui retirant les gardes de direction, en l'absence de doute sérieux quant à leur légalité.

Par un mémoire enregistré le 25 avril 2024, Mme A représentée par Me Boussoum conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'EPNAK la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à titre subsidiaire, de moduler le montant de l'astreinte demandée par l'EPNAK.

Elle fait valoir que :

- le juge administratif n'est pas compétent dès lors que le bien en cause n'est pas affecté à l'usage du service public au sens de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques, il est destiné à accueillir les agents de l'EPNAK ; il ne comporte aucun aménagement permettant l'exercice d'un service public ; il ne se trouve pas dans l'enceinte de l'EPNAK ;

- la procédure contradictoire n'est pas respectée dès lors que l'EPNAK cite deux jurisprudences qui ne sont pas publiées et qui ne sont pas jointes dans leur intégralité ;

- la condition de l'urgence n'est pas remplie, l'EPNAK se borne à faire valoir qu'il a besoin de ce logement. Cette affirmation est imprécise et non circonstanciée ; elle a engagé les démarches pour déménager en espérant que ce déménagement pourra être fait entre le 27 mai et au plus tard le 15 juin 2024 ; sa candidature a été retenue par le centre hospitalier de Versailles et une prise de fonction est prévue le 15 juin prochain, elle a signé un contrat de bail prenant effet au 10 mai 2024 pour un logement situé aux Chesnay Versailles ;

- il existe une contestation sérieuse au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative dès lors que deux instances sont pendantes devant le tribunal relatives au retrait des gardes et la fin de la concession par nécessité absolue de service du logement ; l'EPNAK disposait d'un mandat de gestion de l'Institut Baguer sur la période du 10 mai 2021 au 1er janvier 2023 et disposait ainsi de tout le temps pour l'informer qu'elle ne remplissait pas les conditions pour effectuer des astreintes et de fait disposer d'un logement de fonctions. Elle effectuait plus de 40 gardes annuelles. En 2021, elle a effectué 140 jours de garde et 126 en 2022.

- le montant de l'astreinte est excessif.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Griel, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 26 avril 2024 à 9 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bouayyadi, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Le Griel, juge des référés ;

- les observations de Me Pawlotsky, substituant Me Eyrignoux, représentant l'EPNAK qui insiste sur la compétence de la juridiction administrative et reprend et développe les moyens de la requête.

- les observations de Me Lejars-Riccardi, substituant Me Boussoum, représentant Mme A qui confirme et développe ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite du transfert, en juin 2018, de l'Institut départemental Gustave Baguer à l'établissement public national Antoine Koenigswarter (EPNAK), ce dernier a, par une décision du 14 décembre 2022, reconduit, à compter du 1er janvier 2023, la concession de logement par nécessité absolue de service accordée par cet Institut le 27 juin 2018, à Mme B A, attachée d'administration principale d'administration hospitalière occupant les fonctions de cheffe du service économique et financier, à raison des gardes de direction qu'elle était amenée à assurer, et laquelle a été intégrée à L'EPNAK. Par décision du 26 avril 2023, l'EPNAK lui a retiré les gardes de direction. Par décision du 4 mai 2023, il a mis fin à la concession du logement et a invité Mme A à quitter celui-ci avant le 31 août 2023. Il a, par courrier en date du 10 mai 2023, reporté cette date au 30 septembre 2023 afin de laisser à l'occupante un délai de six mois au lieu des trois mois prévus par la convention de concession. Le 3 octobre 2023, l'EPNAK a mis en demeure Mme A de quitter le logement dans le délai de dix jours et par une seconde mise en demeure, en date du 19 janvier 2024, dans le délai de quinze jours. Par la présente requête, l'EPNAK demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à Mme A de libérer sans délai le logement qu'elle occupe sans droit ni titre et de l'autoriser à procéder à la libération de ce logement, au besoin, avec le concours de la force publique.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Il résulte de ces dispositions que lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de ces dispositions, d'une demande d'expulsion d'un occupant d'un logement concédé par nécessité absolue de service, y compris lorsque celui-ci ne fait pas partie du domaine public de la personne publique propriétaire, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse. S'agissant de cette dernière condition, dans le cas où la demande d'expulsion fait suite à la décision du gestionnaire ou du propriétaire du logement de retirer ou de refuser de renouveler le titre dont bénéficiait l'occupant et où, alors que cette décision exécutoire n'est pas devenue définitive, l'occupant en conteste devant lui la validité, le juge des référés doit rechercher si, compte tenu tant de la nature que du bien-fondé des moyens ainsi soulevés à l'encontre de cette décision, la demande d'expulsion doit être regardée comme se heurtant à une contestation sérieuse.

4. Il ressort de ce qui a été dit au point 1, que l'habitation située 41 rue Bernard Jugault à Asnières-sur-Seine d'une surface de 179 m² est un logement concédé par nécessité absolue de service. Il s'ensuit, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, que la demande de l'EPNAK n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif.

5. L'EPNAK fait valoir, sans être sérieusement contredit, que l'occupation illicite du logement empêche l'engagement de l'EPNAK dans la réalisation d'un projet de construction d'un nouvel espace d'accueil pour les activités de l'Institut départemental Baguer dont la mission est l'accueil d'enfants en situation de handicap. Il résulte des écritures et des débats lors de l'audience que ce projet s'inscrit dans le cadre du contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens (CPOM) régional Ile-de-France en cours de signature, laquelle apparaît, au regard de l'engagement de cet établissement, subordonnée à la libération du logement en cause. Par ailleurs l'EPNAK indique, sans être contredit, avoir également posé sa candidature dans le cadre de la campagne " Plan inclus IF2030 ", lequel est porté par l'agence régionale de santé, visant à offrir de nouvelles solutions d'accompagnement des personnes en situation de handicap au titre duquel il entend inclure le projet de réalisation de ce nouvel espace d'accueil. Si Mme A l'occupante sans droit ni titre des lieux fait valoir qu'elle " espère quitter les lieux entre le 27 mai et au plus tard le

15 juin 2024 ", il résulte néanmoins de l'instruction qu'elle dispose d'un contrat de bail signé le

24 avril 2024 pour un nouveau logement et prenant effet au 10 mai prochain et qu'elle ne justifie d'aucune démarche pour procéder à la recherche d'un déménageur à la date de la présente ordonnance. Il s'ensuit que l'évacuation de l'occupante sans droit ni titre du logement présente un caractère d'urgence et d'utilité.

6. Il est constant que Mme A, s'est maintenue dans les lieux au-delà du

30 septembre 2023, date limite, qui en outre résulte d'un report de la date initialement fixée au plus tard au 31 août 2023, accordée par l'EPNAK. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que l'intéressée est recrutée à compter du 15 juin 2024 par l'hôpital de Versailles, et ainsi qu'il a été dit au point précédent, et qu'elle est titulaire d'un contrat de bail pour un logement à compter du 10 mai prochain et comme il a été relevé précédemment, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle est engagée une quelconque recherche comme elle le soutient pour procéder à ce déménagement. Par ailleurs, si l'intéressée a entendu, se prévaloir de l'illégalité des décisions du 4 mai 2023 mettant fin à la concession du logement et du 26 avril 2023 lui retirant les gardes de direction, à l'encontre desquelles, elle a formé des recours pour excès de pouvoir pendants devant ce tribunal, en se bornant à alléguer qu'elle a assuré des gardes en 2021 et 2022, au demeurant sans en justifier, en l'état de l'instruction, elle ne peut être regardée comme soulevant, une contestation sérieuse de la mesure d'expulsion demandée par l'EPNAK. Au surplus, par une ordonnance n° 2312401 et 2312407 du 29 septembre 2023, le juge des référés de ce tribunal a rejeté pour défaut de moyens sérieux les requêtes à fin de suspension introduites par la requérante à l'encontre de ces décisions.

7. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à Mme A ainsi qu'à tout autre occupant de son chef de libérer le logement qu'elle occupe sans droit ni titre, en lui laissant cependant un délai pour quitter les lieux volontairement qui, en l'espèce, peut être fixé à vingt jours à compter de la notification de la présente ordonnance. A défaut pour l'intéressée de libérer dans le délai imparti les lieux et d'évacuer les biens du logement, l'EPNAK pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation desdits biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique. Une astreinte de 50 euros par jour de retard pourrait alors être appliquée à l'occupant sans titre.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'EPNAK, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A, une somme au titre des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme A et à tout autre occupant de son chef de libérer le logement qu'elle occupe situé au 41, rue Bernard Jugault à Asnières-sur-Seine dans le délai de vingt jours à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 50 (cinquante) euros par jour de retard.

Article 2 : A l'expiration du délai fixé à l'article 1er, à défaut pour l'intéressée, et tous occupants de son chef, de libérer les lieux et d'évacuer les biens du logement, l'EPNAK pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation desdits biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de Mme A présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à l'établissement public national Antoine Koenigswarter et à Mme B A.

Fait à Cergy, le 6 mai 2024.

La juge des référés

Signé

H. Le Griel

La République mande au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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