Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405040

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405040
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme B, ressortissante russe, qui contestait un arrêté préfectoral du 4 mars 2024 refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La requérante invoquait notamment une insuffisance de motivation et une méconnaissance des articles L. 423-11 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait légalement pu refuser le titre de séjour faute de visa long séjour, condition requise par l'article L. 423-11 du CESEDA. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Lubelo-Yoka, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale par voie d'exception ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des article 3 et 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée le 12 avril 2024 au préfet du Val-d'Oise, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par une ordonnance du 12 avril 2024 la clôture de l'instruction a été fixée au 27 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Goudenèche rapporteure,

- et les observations de Me Lubelo-Yoka, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante russe née le 29 mai 1966, est entrée en France le 22 septembre 2018. Elle a sollicité, le 29 septembre 2022, un titre de séjour en qualité de parent à charge d'un Français et de son conjoint, sur le fondement de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera reconduite. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Elle indique, en particulier, que la requérante est démunie de visa d'une durée supérieure de trois mois et qu'elle ne remplit donc pas les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise également qu'elle ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à permettre sa régularisation et qu'elle ne peut également bénéficier d'un titre sur le fondement de l'article L. 423-23 de ce code. Ainsi, la seule lecture de cette décision permet d'en comprendre les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, parent à charge d'un français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour. ".

5. Il est constant que Mme B ne disposait pas d'un visa long séjour tel que prévu par les dispositions précitées au point 4. Pour ce seul motif, le préfet du Val-d'Oise pouvait rejeter sa demande de titre en qualité de parent à charge d'un français et de son conjoint. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

7. Mme B se prévaut de la présence en France de sa fille unique, de nationalité française, qui la prend en charge financièrement depuis son arrivée sur le territoire français en septembre 2019, de celle de son petit-fils, né en 2015, et de la situation politique en Russie. Toutefois, la requérante ne démontre aucune insertion sociale ou professionnelle sur le territoire français. Par ailleurs, si elle se prévaut des risques qu'elle court en Russie, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait déposé une demande de reconnaissance du statut de réfugiée. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et de ses conditions de séjour, et en l'absence d'obstacles réels et sérieux à un retour en Russie, Mme B n'établit pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels susceptible de justifier son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la requérante n'établit pas que la décision lui refusant un titre de séjour est entachée d'illégalité. Par suite, l'exception d'illégalité invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, que le préfet ait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante. Par suite, le moyen peut être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 5 de cette convention : " Toute personne a droit à la liberté () ". Et aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les persécutions ou menaces de persécutions prises en compte dans la reconnaissance de la qualité de réfugié et les atteintes graves ou menaces d'atteintes graves pouvant donner lieu au bénéfice de la protection subsidiaire peuvent être le fait des autorités de l'Etat, de partis ou d'organisations qui contrôlent l'Etat ou une partie substantielle du territoire de l'Etat, ou d'acteurs non étatiques dans les cas où les autorités définies au premier alinéa de l'article L. 513-3 refusent ou ne sont pas en mesure d'offrir une protection. ".

12. Pour justifier des risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine, Mme B se réfère à une documentation générale faisant état des menaces pesant, en cas de retour dans leur pays d'origine ou en Russie, sur des " rapatriés " en Russie. Toutefois, ces éléments, qui présentent un caractère général et dont la requérante ne démontre pas en quoi les circonstances qu'ils décrivent pourraient être transposées à sa propre situation, ne sont pas de nature à démontrer les risques personnels qu'elle pourrait encourir à l'occasion de son retour en Russie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 4 mars 2024 du préfet du Val-d'Oise doivent être rejetées, ainsi que celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

C. Goudenèche

La présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.