Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405199

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé le renouvellement du titre de séjour de M. B, ressortissant turc, et l'a obligé à quitter le territoire français. La solution retenue est fondée sur un vice de procédure, le préfet n'ayant pas saisi la commission du titre de séjour pour avis, en méconnaissance de l'article L. 412-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination sont également annulées. Le tribunal enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. B.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 10 avril et 6 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Aydin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024, par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicite sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie en méconnaissance des articles L. 412-10 et L. 432-14 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de fait et méconnaît les dispositions des articles L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 5221-2, L. 5221-6, R. 5221-1, R. 5221-3, R. 5221-15 et R. 5221-17 du code du travail ;

- la décision fixant son pays de destination méconnaît les articles L. 612-12, L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'indique pas le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 août 2024, l'instruction a été rouverte.

Un mémoire a été produit pour M. B le 23 septembre 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

L'affaire, initialement inscrite à l'audience du 10 septembre 2024 a été renvoyée à celle du 24 septembre 2024.

Le rapport de Mme Fabas conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant turc né le 10 novembre 1975 est entré en France le 31 décembre 2012 et s'est vu délivrer plusieurs cartes de séjour portant la mention " salarié " dont la dernière était valable du 13 août 2019 au 12 août 2023. Le 25 juillet 2023, il a sollicité, auprès du préfet du Val-d'Oise, le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle. Par un arrêté du 29 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise a refusé de procéder à ce renouvellement et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 412-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version en vigueur depuis le 28 janvier 2024 : " ()

La décision de refus de renouvellement ou de retrait d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident est prise après avis de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 31 décembre 2012 et s'est vu délivrer plusieurs cartes de séjour portant la mention " salarié " dont la dernière était valable du 13 août 2019 au 12 août 2023. Ainsi, lorsqu'il a sollicité, le 25 juillet 2023, auprès du préfet du Val-d'Oise, le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle, ce dernier aurait dû, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 412-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile saisir, pour avis, la commission du titre de séjour. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait saisi cette commission alors que cette saisine constitue une garantie pour l'étranger qui sollicite le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour est entachée d'un vice de procédure et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mars 2024, par laquelle le préfet du Val-d'Oise lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour et, par voie de conséquence, l'annulation des décisions par lesquelles le préfet l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement implique seulement d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé à M. B le renouvellement de son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

M. Jaquelin, premier conseiller,

Mme Fabas, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

L. Fabas

La présidente,

signé

H. Le GrielLa greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, le greffier

N°2405199