Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405210
mercredi 15 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2405210 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PARASTATIS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 avril 2024, M. Prince B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation concernant sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires enregistrés le 13 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bocquet comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mai 2024 :
- le rapport de Mme Bocquet, magistrate désignée ;
- les observations de Me Parastatis, avocat désigné d'office représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens et soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen et d'erreurs de fait en ce qu'aucun élément au dossier n'établit la condamnation de M. B pour des faits de viol et de tentative de vol, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. Prince B, ressortissant indien né 10 septembre 1991, est entré irrégulièrement sur le territoire français durant l'année 2012, selon ses déclarations. Il a été interpellé pour des faits de tentative de vol dans un entrepôt en réunion. Par un arrêté du 8 avril 2024, dont il demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, par arrêté n° 2023-078 du 4 décembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine le 19 décembre 2023, le préfet a donné délégation à Mme C A, attachée cheffe de bureau, à l'effet de signer toutes décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les textes sur lesquels repose ses décisions. Par ailleurs, ils comportent des motifs de fait, non stéréotypés, rappelant l'identité, la nationalité et les conditions d'entrée sur le territoire français ainsi que la situation administrative, personnelle et familiale de M. B. Au surplus, l'exigence de motivation n'implique pas que l'arrêté attaqué mentionne B des éléments particuliers de la situation du requérant. Dès lors, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de prendre la décision attaquée. En tout état de cause, si l'intéressé soutient qu'aucune des pièces du dossier n'établit qu'il aurait été condamné pour les faits de viol mentionnés par le préfet des Hauts-de-Seine et qu'il aurait été poursuivi pour les faits de tentative de vol pour lesquels il a été interpelé, M. B n'apporte aucun élément les contredisant, son conseil affirmant uniquement à l'audience qu'ils ont probablement été classés sans suite. Dans ces conditions, c'est sans défaut d'examen particulier de sa situation ni d'erreur de fait que le préfet des Hauts-de-Seine a pris la décision contestée. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En quatrième lieu, pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français M. B soutient que celle-ci est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation concernant sa situation personnelle. Toutefois, ce moyen n'étant pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bienfondé il ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
7. La décision attaquée vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 612-6, et précise les circonstances de fait qui la fonde. La décision mentionne que M. B a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et que ses attaches en France ne sont pas anciennes, intenses et stables. Cette motivation atteste de la prise en compte par le préfet des Hauts-de-Seine de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
8. Il appartenait au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a accordé aucun délai de départ volontaire à M. B, d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire français dont la durée ne pouvait excéder cinq ans. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait disproportionnée au regard du but poursuivi. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. Prince B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 15 mai 2024.
La magistrate désignée,
signé
P. BocquetLa greffière,
signé
M. D
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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