Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405219

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme C, ressortissante camerounaise, qui contestait un arrêté préfectoral du 29 mars 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation, de violation de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requérante, confirmant la légalité des décisions préfectorales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire enregistrés les 11 avril et 1er juillet 2024, Mme A C, représentée par Me Messaoudi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024, par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de demande de titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation et d'une erreur dans la qualification juridique des faits ;

- elles sont entachées d'un détournement de pouvoir.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- cette décision est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision porte atteinte à son droit à l'éducation, à l'instruction et à la formation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour sur laquelle elle est fondée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces constitutives du dossier.

Par une ordonnance du 12 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 août 2024 à 12 heures.

Une note en délibéré a été enregistrée le 24 septembre 2024 pour Mme C et n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas, conseillère ;

- et les observations de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante camerounaise née le 25 août 1995, est entrée en France le 20 septembre 2022 munie d'un visa valant titre de séjour " étudiant mobilité " valable du 5 septembre 2022 au 8 mars 2023. Le 23 janvier 2024, elle a sollicité, auprès du préfet du Val-d'Oise, la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer ce titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office. Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise du même jour, le préfet du Val- d'Oise a donné délégation à Mme B, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture, et signataire de l'arrêté attaqué à l'effet de signer toutes décisions portant, notamment, refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire ou encore fixation du pays de destination. Le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence doit donc être écarté.

3. En second lieu si Mme C fait valoir que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation, d'une erreur dans la qualification juridique des faits et d'un détournement de pouvoir, elle n'assortit pas ces moyens des précisions suffisantes pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. La décision attaquée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses articles L. 422-1 et L. 423-23, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet a rappelé les conditions d'entrée et de séjour en France de la requérante, ainsi que sa situation administrative, personnelle et familiale et précise les motifs pour lesquels il a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de titre de séjour manque en fait et doit, en conséquence, être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a seulement sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le préfet a examiné d'office la possibilité de renouveler le titre de séjour de portant la mention " étudiant " dont elle était titulaire, il a constaté que celui-ci expirait le 8 mars 2023 et que la requérante s'était donc maintenue en situation irrégulière à compter de cette date et jusqu'à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour le 23 janvier 2024 et a refusé, pour ce motif, de renouveler le titre de séjour dont elle disposait, cette demande n'ayant pas été déposée dans les deux mois précédant l'expiration du titre qu'elle détenait. Le préfet n'ayant pas examiné s'il pouvait délivrer un premier titre de séjour portant la mention " étudiant " à Mme C, celle-ci ne peut utilement soutenir que la décision portant refus de titre méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, en tout état de cause, elle ne conteste pas le motif qui lui a été opposé par le préfet pour refuser de renouveler le titre de séjour dont elle disposait.

7. En troisième lieu, la décision attaquée ne porte aucune atteinte au droit à l'instruction, à l'éducation et à la formation de Mme C, qui, s'agissant d'une ressortissante étrangère, ne peuvent s'exercer que dans le respect des dispositions applicables à l'entrée et au séjour sur le territoire national. Par ailleurs, la requérante ne justifie d'aucun obstacle à ce qu'elle poursuive sa formation professionnelle hors de France. Le moyen tiré de leur méconnaissance doit donc, en tout état de cause, être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, laquelle est entrée en qualité d'étudiante et n'avait ainsi pas vocation à s'installer durablement sur le territoire français, y réside depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée. Si elle soutient, sans être contredite, qu'elle est en concubinage avec un compatriote en situation régulière et se prévaut de la naissance de leur fils, le 6 mai 2023 et de la circonstance qu'elle était enceinte de leur deuxième enfant à la date de l'arrêté attaqué, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine alors, en outre, que la requérante n'établit pas la communauté de vie avec son concubin. Enfin, Mme C n'est pas dépourvue de toute attache dans son pays d'origine où résident ses parents, ses trois frères et ses quatre sœurs. Dans ces conditions, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur la situation personnelle et familiale de Mme C.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, Mme C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de séjour, elle n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En second lieu, le moyen tiré de ce que cette décision est entachée d'une erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté en litige présentées par Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

M. Jacquelin, premier conseiller,

Mme Debourg, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

L. Fabas

La présidente,

signé

H. Le GrielLa greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, le greffier

N°2405219