Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405349

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme B, ressortissante marocaine, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet du Val-d'Oise. Le tribunal a jugé que la situation de la requérante au regard d'une activité salariée était entièrement régie par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, et non par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui rendait inopérant le moyen tiré de l'erreur de droit. Il a également écarté le défaut d'examen particulier, faute pour la requérante d'avoir établi avoir porté à la connaissance du préfet les éléments qu'elle invoquait. En conséquence, la décision de refus de titre de séjour étant légale, l'obligation de quitter le territoire français n'était pas privée de base légale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Bilongo Nsanda, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2024 du préfet du Val-d'Oise en tant qu'il a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- elle est entachée d'une erreur de droit puisque le préfet ne pouvait se fonder sur l'avis défavorable de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère pour refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit puisqu'elle peut se voir attribuer un titre de séjour de plein droit.

Par un courrier du 6 mai 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de ce que l'instruction était susceptible d'être close à compter du 20 juin 2024.

Par ordonnance du 9 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Un mémoire en défense présenté par le préfet du Val d'Oise a été enregistré le 23 août 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme L'Hermine, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 18 octobre 1984, est entrée en France, le 15 février 2017 munie d'un visa de court séjour valable jusqu'au 15 mai 2017. Le 9 juillet 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Mme B demande l'annulation de cet arrêté en tant que le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, pour soutenir que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa demande, Mme B relève que le préfet n'a pas tenu compte de la demande d'autorisation de travail du 23 février 2022 mentionnant qu'elle est employée à temps complet depuis le mois de février 2022. Toutefois, la requérante n'établit pas en avoir informé le préfet du Val-d'Oise et lui avoir transmis cet élément. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

4. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

5. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

6. La situation de Mme B, au regard du droit au séjour en raison d'une activité salariée, est entièrement régie par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 susvisé, de sorte qu'elle ne saurait utilement se prévaloir de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, si le préfet n'est pas tenu de saisir la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère dans le cadre de l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, il lui est toujours loisible de le faire dans le cadre de son pouvoir d'instruction afin notamment de vérifier les allégations du demandeur. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté que pour refuser de régulariser la situation de la requérante, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur l'ensemble de la situation de l'intéressée, en relevant en particulier que l'ancienneté de son séjour et de son expérience professionnelle en France n'étaient pas de nature à permettre la régularisation de sa situation. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

7. En premier lieu, si la requérante excipe de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle n'invoque par voie d'exception aucun autre moyen que ceux déjà développés, écartés par voie d'action. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit, dès lors, être écarté.

8. En deuxième lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre ni des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut ou si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires, ni de son pouvoir discrétionnaire de régularisation par le préfet. Mme B ne peut utilement soutenir qu'elle serait susceptible de bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour dont l'attribution résulte de l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une mesure de régularisation de sa situation, à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit du préfet du Val-d'Oise doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mars 2024 du préfet du Val-d'Oise en tant qu'il rejette sa demande de titre de séjour et lui fait obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président ;

M. Ausseil, conseiller ;

Mme L'Hermine, conseillère ;

Assistés de Mme Pradeau, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

M. L'Hermine

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

A. Pradeau

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.