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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2405370

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405370

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405370
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFERNANDEZ

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Fernandez, avocat désigné d'office, représentant M. E, qui conclut aux mêmes que la requête par les mêmes moyens.

Le préfet de police de Paris n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant égyptien, né le 5 novembre 1997, a été signalé par les services de police le 8 février 2024 pour des faits de défaut de permis de conduire. Par deux arrêtés du 8 février 2024, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. E demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. E, qui a présenté sa requête sans avoir recours à un avocat, a bénéficié lors de l'audience de l'assistance de l'avocat de permanence désigné par le bâtonnier. Le requérant n'a pas indiqué vouloir renoncer au bénéfice de cette commission d'office. Par suite, il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre de la présente instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur les moyens communs aux décisions contestées :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 75-2023-675 du 29 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police de Paris a donné à M. B C, adjoint au chef de la division des reconduites à la frontière, délégation à l'effet de signer les décisions relatives à la police des étrangers, dans la limite de ses attributions, en cas d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi, ni même allégué qu'elles n'aient été empêchées ou absentes. Le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". Et aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire () et les décisions d'interdiction de retour () sont motivées. ".

6. Les décisions contestées visent les textes dont elles font application, notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier les articles 3 et 8 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet fait également état de la situation personnelle de l'intéressé. Ainsi, les décisions contestées, qui font apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, sont suffisamment motivées.

7. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est assorti d'aucune précision. Par suite, en absence des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, ce moyen ne peut qu'être écarté.

Sur les moyens propres à la décision la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il ne ressort ni des termes des décisions en litige, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant de prendre la décision contestée.

9. En second lieu, si M. E soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il résulte des termes mêmes de l'arrêté contesté que la mesure d'éloignement est fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lesquelles l'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, peut être obligé de quitter le territoire français. Le requérant ne conteste pas entrer dans le champ d'application de cette disposition. Dans ces conditions, le moyen relatif à l'absence de menace pour l'ordre public ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.

Sur les moyens propres à la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation n'est assorti d'aucune précision. Par suite, en absence des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, ce moyen ne peut qu'être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser à M. E un délai de départ volontaire, le préfet de police de Paris a retenu les circonstances que, d'une part, le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été signalé par les services de police pour des faits de défaut de permis de conduire et, d'autre part, qu'il présente un risque de fuite dès lors qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes à défaut de justifier d'un lieu de résidence et de disposer de document d'identité ou de voyage en cours de validité. Si M. E soutient qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, il ne conteste pas, en tout état de cause, les autres motifs retenus par le préfet pour lui refuser un délai de départ volontaire et qui justifient à eux seuls la décision attaquée. Dès lors, le moyen tendant à la contestation de la décision de refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

Sur le moyen propre à la décision portant fixation du pays de renvoi :

13. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est assorti d'aucune précision. Par suite, en absence des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, ce moyen ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A E, ainsi que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. E n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

S. Ouillon

La greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2405370

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