Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405453
jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2405453 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Otche, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois, ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48 heures ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet du Val-d'Oise a produit des mémoires en défense, enregistrés le 31 mai et le 4 juin 2024, par lequel il conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Bories a été entendu au cours de l'audience publique du 27 juin 2024, au cours de laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante sénégalaise née le 26 septembre 1994, est entrée en France le 23 janvier 2022 munie d'un visa Schengen. Le 1er juin 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire, qui n'a pas à reprendre l'ensemble des éléments de la situation de son destinataire, mentionne les éléments de fait et de droit sur lesquels elle se fonde, de sorte que le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet du Val-d'Oise aurait édicté la décision en litige sans procéder à un examen approfondi de la situation personnelle de Mme A. Le moyen qui en est tiré ne peut donc qu'être écarté.
4. En troisième lieu, dans son avis du 4 décembre 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que l'état de santé de la requérante nécessitait des soins dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'elle pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine.
5. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est atteinte d'une pathologie cardiaque, en raison de laquelle elle est suivie en France. L'unique certificat médical produit par la requérante, s'il atteste des limites que cette pathologie pose dans sa vie quotidienne, ne permet pas de faire regarder l'appréciation du collège de médecins de l'OFII et du préfet à sa suite comme entachées d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite et en tout état de cause, le moyen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Si Mme A soutient que le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, elle ne se prévaut à cet égard que de la présence en France en situation régulière de sa mère, qui l'héberge. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante a vécu séparée de sa mère jusqu'à son entrée en France, à vingt-sept ans, tandis que son père réside en Allemagne. La requérante ne fait par ailleurs état d'aucune insertion professionnelle en France. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait au regard de sa situation familiale et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
La présidente
signé
C. BoriesL'assesseur le plus ancien,
signé
S. BourraguéLa greffière,
signé
S. NimaxLa République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.