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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2405460

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405460

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405460
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPAPAZIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 12 avril 2024 n° 2404878, la présidente du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, la requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 11 avril 2024.

Par cette requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 16 et 26 avril 2024 au greffe du tribunal de Cergy-Pontoise, M. D A, représenté par Me Papazian, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les arrêtés en date du 9 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de le convoquer afin de lui remettre un titre de séjour en qualité de salarié dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir à défaut, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de sa situation, et dans l'attente, de lui remettre un récépissé en qualité de salarié l'autorisant à travailler dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- L'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une exception d'illégalité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il n'a plus d'attache dans son pays d'origine et qu'il a de fortes attaches personnelles et professionnelles sur le territoire français et qu'il n'a jamais troublé l'ordre public ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mai 2024 le préfet de la Seine-Saint-Denis, conclut au rejet de la requête,

Il fait valoir qu'aucun moyen soulevé n'est fondé.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dussuet, président du tribunal ;

- les observations de Me Papazian, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et qui produit les bulletins de salaire de M. A au titre de l'année 2024 et une attestation de l'avocat Mauritanien du requérant qui confirme les craintes qu'il a pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, elle soutient également que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire pris pas le préfet du Cher n'a pas été notifié au requérant ;

- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A ressortissant mauritanien né le 31 mars 1981, est entré sur le territoire français le 10 janvier 2021 selon ses déclarations. Par une décision du 14 mars 2022 l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du

2 décembre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile, l'asile lui a été refusé. Par un arrêté du 9 avril 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. B C, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n° 2024-0402 du 12 février 2024, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 14 février 2024, d'une délégation du préfet à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, ainsi que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 21 mars 2024 doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui le fondent. Il est, par suite, suffisamment motivé. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre ses décisions d'obligation de quitter le territoire et d'interdiction de retour. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation de l'arrêté contesté et de l'absence d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Il résulte toutefois également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

5. En l'espèce, M. A soutient qu'il n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué. Toutefois, il n'est pas établi, ni même allégué, que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il ait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision contestée, ni même encore qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure contestée et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles d'y faire obstacle. Au demeurant, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris en compte, les déclarations de M. A concernant sa situation personnelle. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu qu'il tient de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

6. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, soulevé à l'encontre de la légalité de la décision fixant le pays de destination, ne peut être qu'écarté.

7. Si M. A soutient qu'il n'a plus d'attaches dans son pays d'origine, qu'il a de fortes attaches personnelles et professionnelles sur le territoire français et qu'il n'a jamais troublé l'ordre public, il ne produit, en tout état de cause, aucune pièce probante à l'appui de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. Si M. A soutient craindre pour sa sécurité en cas de retour dans son pays et produit une attestation de son avocat en Mauritanie qui atteste qu'il a été condamné par contumace à cinq ans de prison ferme avec travaux forcés le 9 janvier 2018, cette seule pièce n'est pas de nature à établir la réalité des risques qu'il allègue qui ont d'ailleurs été écartés par une décision du 14 mars 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 2 décembre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent, par suite, qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

10. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

11. M. A soutient que la décision méconnaît les dispositions susmentionnées dès lors qu'elle se fonde sur une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet du Cher le 17 mars 2023 qui n'aurait pas été exécutée, qu'il justifie d'une adresse stable et justifie de circonstances humanitaires exceptionnelles. Toutefois, si l'existence de cette précédente mesure d'éloignement n'est pas établie, la décision attaquée se fonde également sur l'entrée irrégulière du requérant en France et sur son maintien irrégulier en France après le rejet de sa demande d'asile. Ainsi, le requérant qui ne justifie que d'un séjour de deux ans en France, qui est célibataire, sans charge de famille, n'est pas fondé à soutenir qu'en ne retenant l'existence d'aucune circonstance humanitaire, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa méconnu les dispositions susmentionnées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le président du tribunal,

Signé

J-P. DussuetLa greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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