Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405500

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant mauricien, qui contestait l'arrêté préfectoral du 12 avril 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a estimé que la décision de refus de titre de séjour était suffisamment motivée et que l'administration avait procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Il a également jugé que la mesure d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B, garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni aux stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. En conséquence, l'ensemble des conclusions de la requête, y compris celles relatives à l'interdiction de retour sur le territoire français, ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 avril 2024 et le 24 juin 2024, M. C B, représenté par Me Samba, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen ;

- elles sont entachées d'erreurs de droit et de fait dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et portent une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- elles méconnaissent les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant absence de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant de pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans :

-elle est insuffisamment motivée ;

-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est disproportionnée ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par ordonnance du 25 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 11 juillet 2024 à 12 heures.

Le préfet du Val-d'Oise, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu:

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cordary, première conseillère,

- et les observations de Me Orum, substituant Me Samba, représentant M. B, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant mauricien né le 22 novembre 1994, est entré sur le territoire français le 6 décembre 2014 et a été muni d'un titre de séjour valable jusqu'au 4 mai 2022, dont il a sollicité le renouvellement le 26 avril 2022 sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire de trois ans.

Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui [] restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Selon l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

3. D'une part, la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour contestée a été prise en visant notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lequel ont été énumérés les articles sur lesquels elle se fonde, le code du travail, et le code des relations entre le public et l'administration. D'autre part, le préfet du Val-d'Oise a exposé les raisons pour lesquelles il a considéré que M. B ne remplissait pas les conditions pour obtenir le renouvellement du titre de séjour qu'il sollicitait. L'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressé. En conséquence, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle de la décision portant refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs. Enfin, si M. B soutient que le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur de fait en affirmant qu'il n'était pas dépourvu d'attaches au pays d'origine dès lors que son père y résidait, alors même que ce dernier est décédé, une telle erreur n'a pas eu d'incidence sur le sens des décisions attaquées, qui auraient été les mêmes si elle n'avait pas été commise, dès lors que l'absence de lien avec le pays d'origine ne suffit pas, à elle seule, à obtenir le renouvellement d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées et du défaut d'examen particulier de la demande de M. B doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

5. Lorsque l'administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.

6. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que, pour refuser le renouvellement du titre de séjour de M. B en qualité de parent d'un enfant français, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé représentait une menace à l'ordre public dès lors qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Nîmes le 29 septembre 2021 à six mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans, pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à un pacte civil de solidarité. Dans ces conditions, eu égard à la nature et à la gravité des faits, alors même que les autres faits sur lesquels s'appuient le préfet, qui n'ont fait l'objet d'aucune condamnation pénale, ne sont pas établis, c'est à bon droit que le préfet du Val-d'Oise a considéré que M. B constituait une menace à l'ordre public.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. B, entré sur le territoire français depuis presque dix années, et dont la mère et les frères résident en France, est le père d'une enfant de nationalité française née le 19 octobre 2016 avec laquelle il établit entretenir une relation soutenue, en versant à l'instance de nombreuses photos et des témoignages. Toutefois, eu égard à la nature et à la gravité des faits mentionnés au point 6 ci-dessus, alors au demeurant qu'il n'apporte aucun élément de nature à démontrer l'absence de risque de réitération, les témoignages de sa mère ou de son ex-compagne ne pouvant à cet égard être considérés comme probants, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise, en refusant de l'admettre au séjour, a porté une atteinte excessive et disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes du 1 des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. M. B ne saurait pertinemment se prévaloir des liens très forts, non contestés, qu'il entretient avec son enfant mineure de nationalité française, et de l'intérêt supérieur de cette dernière pour contester les décisions attaquées, dès lors qu'il a été condamné pour des violences conjugales ayant eu lieu en sa présence. Dans ces conditions, le préfet, qui n'est pas lié par l'avis favorable du 15 mars 2024 de la commission du titre de séjour, n'a pas méconnu les stipulations précitées du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision portant absence de délai de départ :

11. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ".

12. Comme il a été dit au point 6 ci-dessus, M. B constitue une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pas plus qu'il n'a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait allégué encourir, en cas de retour dans son pays d'origine, des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au visa de laquelle la décision attaquée a été prise. De plus, le préfet a motivé en fait le choix du pays de destination en précisant que s'il se maintenait sur le territoire français, M. B pourrait être reconduit d'office à destination du pays dont il a la nationalité, ou, avec son accord, à destination d'un autre pays dans lequel il est légalement admissible. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit donc être écarté.

14. En second lieu, il résulte de ce qui précède que la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français sans délai n'est pas illégale. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

16. La décision attaquée, qui vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle se fonde et rappelle la situation personnelle et familiale de M. B, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui ont conduit à son édiction. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ".

18. Dès lors qu'il n'a pas accordé de délai de départ volontaire à M. B, le préfet du Val-d'Oise pouvait assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire. De plus, ainsi qu'il a été dit au point 6 ci-dessus, le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en l'espèce la décision ayant fixé à trois ans la durée de son interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.

19. Enfin, comme il a été dit au point 10 du présent jugement, M. B, qui a été condamné pour des violences conjugales ayant eu lieu en présence de son enfant mineure, ne saurait se prévaloir de la méconnaissance des stipulations, précitées au point 9 ci-dessus, des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CORDARY

La présidente,

Signé

C. ORIOLLa greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière