Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405509
jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2405509 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 avril 2024, M. C B, représenté par Me Changou Dongmeza, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans une délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, dans l'attente, de le munir une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne les décisions attaquées :
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles méconnaissent les articles L. 422-1 à L. 422-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet du Val-d'Oise a produit des pièces enregistrées le 1er juillet 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction. Elles n'ont pas été communiquées.
Par ordonnance du 23 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 24 juin 2024 à 12 heures.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu:
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cordary, première conseillère,
- et les observations de Me Changou Dongmeza, représentant M. B, présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien né le 24 avril 2002, est entré sur le territoire français le 28 octobre 2019 sous couvert d'un visa long séjour " mineur scolarisé ". A ce titre, il a bénéficié de titres de séjour, dont le dernier expirait le 26 septembre 2023 et dont il a sollicité le renouvellement le 6 juin 2023. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à cette demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, par arrêté n° 23-014 du 22 février 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Val-d'Oise du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme D E, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture, à l'effet de signer toutes décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français avec fixation d'un pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. /En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. " Selon l'article L.422-2 du même code : " La carte de séjour prévue à l'article L. 422-1 est également délivrée lors de sa première admission au séjour, sans avoir à justifier de ses conditions d'existence et sans que soit exigée la condition prévue à l'article L. 412-1, à l'étranger ayant satisfait aux épreuves du concours d'entrée dans un établissement d'enseignement supérieur ayant signé une convention avec l'État. ". Enfin, selon l'article L. 422-3 du même code : " Les établissements d'enseignement supérieur sont responsables du suivi sanitaire préventif des étudiants étrangers./ Les conditions d'application de la présente section, en particulier en ce qui concerne les ressources exigées, les conditions d'inscription dans un établissement d'enseignement et celles dans lesquelles l'étranger entrant dans les prévisions de l'article L. 422-2 peut être dispensé de l'obligation prévue à l'article L. 412-1, sont précisées par décret en Conseil d'État. ".
4. Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies. À cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.
5. Si M. B soutient que c'est en raison de conditions personnelles difficiles qu'il a à deux reprises, en 2021 et 2022, échoué à obtenir sa deuxième année de licence " économie et gestion " à l'université Paris 12, motifs pris des deux confinements liés à la propagation de la covid 19, à un asthme sévère ayant entraîné des hospitalisations et à des " problèmes familiaux ", ces derniers ne sont nullement établis, tandis que les hospitalisations invoquées n'ont été que de trois jours en 2022 et de douze jours en 2023, alors au demeurant que M. B ne précise pas les études suivies au cours de l'année 2022-2023. Dans ces conditions, M. B ne démontre pas de progression dans ses études entre 2021 et 2023, la circonstance qu'il se soit désormais réorienté en première année de BTS " management commercial " opérationnel au CFA ESCM Business school pour les années postérieures à la date de la décision attaquée étant à cet égard sans incidence. M. B n'est donc pas fondé à soutenir qu'en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise a méconnu les dispositions précitées des articles L.422-1 à L.422-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être évoqués, quand bien même M. B travaille en alternance à la Brasserie Paris La Défense pour financer ses études, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont seraient entachées les décisions attaquées doit être écarté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
7. Aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
8. Le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.
9. M. B se borne à soutenir que le préfet n'aurait pas recueilli ses " observations écrites " sans indiquer les informations pertinentes relatives à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'autorité préfectorale et qui, si elles avaient été communiquées, auraient pu avoir une influence sur le sens de la décision, alors qu'au demeurant il ne conteste pas avoir déposé une demande en préfecture de renouvellement de titre de séjour sur le fondement des articles L. 422-1 à L. 422-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu ne peut donc, en tout état de cause, qu'être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de décider de l'éloigner du territoire français.
11. En second lieu, si M. B soutient que l'obligation de quitter le territoire français aurait pour conséquence d'interrompre ses études de manière prématurée, il ne démontre pas l'impossibilité de les poursuivre dans son pays d'origine, dans lequel vivent sa mère et sa fratrie. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Val-d'Oise a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il a à cet égard commis une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. C B, à son conseil, Me Changou Dongmeza, et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. CORDARY
La présidente,
Signé
C. ORIOLLa greffière,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière