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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2405751

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405751

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405751
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDUMAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2024, M. A C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions prises dans leur ensemble :

- elles sont entachées d'une incompétence de son auteur ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et produit toutes les pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 5 juin 2024 :

- le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Dumay, avocat désigné d'office, qui soulève les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen, d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est fondée sur un trouble à l'ordre public qui apparait comme disproportionné; la décision lui ayant refusé un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation; la décision ayant fixé le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; la décision lui ayant fait interdiction de retourner sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit en méconnaissance de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né le 26 juin 1989, déclare être entré sur le territoire français en 2017 sous couvert d'un visa court séjour à destination de l'Espagne. L'intéressé a été interpellé pour des faits de violences habituelles par conjoint et viol par conjoint. Par un arrêté du 19 avril 2024, dont M. C demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions prises dans leur ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté SGAD n° 2024-08 du 21 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture des Hauts-de-Seine, Mme B D, attachée, adjointe à la cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui le fonde. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

4. En dernier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée, que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressé avant de prendre la décision contestée.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux terme des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Si M. C est entré en France en 2017 sous couvert d'un visa court séjour à destination de l'Espagne, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition du 19 avril 2024, que ce dernier a déclaré être parti en Allemagne et être revenu illégalement sur le territoire français en 2022, et s'y maintenir depuis sans avoir sollicité de titre de séjour. En outre, s'il se prévaut d'une situation de concubinage avec une ressortissante de nationalité lettonne, ce dernier, interpellé pour des faits de violences habituelles sur conjoint, est sans charge de famille et ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents et où il aurait vécu au moins jusqu'à l'âge de 28 ans. Enfin, il ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle particulière et ne se prévaut d'aucune autre attache personnelle ou familiale sur le territoire national. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En second lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que la décision portant obligation de quitter le territoire français est fondée sur le risque pour l'ordre public présenté par l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'absence de menace à l'ordre public doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la décision lui ayant refusé un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et dirigé contre la décision lui ayant refusé un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () /2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ".

10. M. C soutient que la décision lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation notamment tenant au fait qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ressort des termes mêmes de l'arrêté que pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur le fait que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa sans avoir accompli de démarches pour obtenir un titre de séjour. Dans ces conditions, alors que le préfet pouvait refuser d'octroyer à M. C un délai de départ volontaire pour ce seul motif, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision ayant fixé le pays de renvoi :

11. Il résulte de ce qui a été dit plus haut que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et dirigé contre la décision ayant fixé un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. /Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Le premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".

14. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code précité. A cet égard, si, après prise en compte de chacun de ces quatre critères, le préfet ne retient pas certains éléments correspondant à l'un ou certains d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, il n'est pas tenu, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

15. M. C soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé, qui a déclaré être entré sur le territoire français illégalement en 2022, est sans charge de famille et ne justifie pas d'une insertion particulière à la société française. Le préfet pouvait sur la base de ces éléments fixer, sans erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation, à un an la durée d'interdiction du territoire prise à l'encontre de l'intéressé. Dans ces conditions, les moyens doivent être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 19 avril 2024 doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées, par voie de conséquence.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. Beaufaÿs La greffière,

signé

M. E La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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