Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405857
lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2405857 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 23 avril 2024, M. E B, représenté par Me Bassaler, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 avril 2024 par lequel préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
3°) à titre principal d'enjoindre au préfet de police de Paris, ou à tout préfet compétent, de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions.
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Bassaler, son conseil, en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat ;
Il soutient que :
- Les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2024 le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen du requérant n'est fondé.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 juin 2024 :
- le rapport de M. Dussuet, président ;
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant sri lankais né le 14 août 1996, est entré sur le territoire français le 4 novembre 2021 selon ses déclarations. Par une décision du 11 octobre 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 18 avril 2023. Par un arrêté en date du 10 avril 2024, le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Par arrêté n° 2024-00198 du 16 février 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de police de Paris du même jour, le préfet a donné délégation à Mme C A, attachée d'administration de l'Etat, à l'effet de signer la décision contestée. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. M. B se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis l'année 2021 de son activité professionnelle d'octobre 2023 à février 2024. Toutefois, la durée de présence dont se prévaut le requérant, à la supposer établie, est insuffisante, tout comme la durée d'exercice de son activité professionnelle. Par ailleurs, M. B, célibataire et sans enfant, n'établit pas ni même n'allègue disposer d'attaches familiales en France et être dépourvu de famille dans son pays d'origine où il a passé l'essentiel de son existence. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
5. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
6. M. B soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine il sera exposé à des traitements inhumains et dégradants en raison de ses opinions religieuses, de son appartenance à l'ethnie Tamoul et de l'engagement de son père, depuis porté disparu, dans le mouvement LITTE. Toutefois, le requérant ne produit pas de pièces probantes de nature à établir la réalité des risques allégués qui ont d'ailleurs été déjà écarté par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, les moyens tiré de la méconnaissance des stipulations précitées et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée doivent être écartés.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il y ait lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
D E C I D E :
Article 1er : M B n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
Le président,
Signé
J-P. Dussuet
Le greffier,
Signé
M. D
La République mande et ordonne au préfet de Police de Paris en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.