Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405897
mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2405897 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 avril 2024, M. C A, représenté par Me Duta, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 avril 2024, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les seuls faits de conduite sans permis ne permettent pas de considérer que son comportement représente une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il sollicite deux substitutions de bases légales et fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction initialement fixée au 13 septembre 2024 a été reportée au 30 septembre 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Fabas, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant moldave né le 23 octobre 1989, serait entré en France en 2020 selon ses déclarations. Le 22 avril 2024, il a été interpellé pour conduite d'un véhicule sans permis et placé en garde à vue. Par arrêté du 23 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. M. A sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par arrêté SGAD n° 2024-17 du 8 avril 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour, le préfet a donné délégation à Mme B D, adjointe à la cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, à l'effet de signer toutes décisions portant obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
4. Dans son mémoire en défense, le préfet des Hauts-de-Seine sollicite que les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soient substituées à celles du 1° de l'article L. 251-1 du même code dès lors que M. A étant de nationalité moldave, il n'est pas citoyen de l'Union européenne et ne peut se voir appliquer des dispositions applicables aux seuls ressortissants de l'Union européenne. Par ailleurs, le préfet sollicite que le 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soit substitué à l'article L. 251-3 du même code, applicable aux seuls citoyens de l'Union européenne et dès lors qu'aucun délai de départ volontaire n'a été octroyé à M. A, celui-ci ayant expressément déclaré ne pas vouloir regagner son pays d'origine. Le mémoire en défense du préfet des Hauts-de-Seine comportant les substitutions de bases légales sollicitées a été communiqué à M. A qui n'a pas répliqué à celui-ci.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire et s'y est maintenu sans effectuer les démarches nécessaires afin de régulariser sa situation. Dès lors, il est au nombre des étrangers visés par les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles peuvent être substituées à celles du 1° d de l'article L. 251-1 du même code, dès lors que cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. En outre, il ressort du procès-verbal de garde à vue que M. A a expressément déclaré qu'il ne voulait pas regagner son pays d'origine. Le préfet pouvait donc l'obliger à quitter sans délai le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles peuvent être substituées à celles du 1° de l'article L. 251-1 du même code, dès lors que cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Par suite, il y a lieu d'opérer les substitutions de bases légales sollicitées en défense.
6. En troisième lieu, si M. A fait valoir que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public, il ressort de ce qui a été dit précédemment que l'arrêté n'est pas fondé sur la menace pour l'ordre public que son comportement représenterait mais sur la circonstance qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour. Par suite, ce moyen, qui est inopérant, doit être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que si M. A soutient qu'il réside sur le territoire français depuis plus de quatre ans, il ne produit aucun élément permettant de l'établir. De même, s'il soutient être autoentrepreneur et percevoir à ce titre un salaire mensuel d'environ 2 000 euros il ne produit aucun élément au soutien de ses allégations. En outre, M. A n'établit pas avoir tissé des liens intenses et stables sur le territoire français où il réside avec son épouse, également de nationalité moldave et alors que leurs deux enfants mineurs résident toujours en Moldavie. Enfin, M. A n'établit pas être dépourvu d'attache en Moldavie où il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente,
M. Jacquelin, premier conseiller,
Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
L. Fabas
La présidente,
signé
H. Le GrielLa greffière,
signé
H. Mofid
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.
N°2405897