Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405958

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405958
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. D, ressortissant comorien, qui contestait un arrêté préfectoral du 31 août 2023 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a d'abord jugé que la requête était tardive, car introduite au-delà du délai de recours contentieux de deux mois suivant la notification de l'arrêté. Par suite, le tribunal a déclaré la demande irrecevable sans examiner le fond des moyens soulevés, notamment ceux tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 avril 2024, M. B D, représenté par Me Zabel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2023, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de produire l'arrêté attaqué du 31 août 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, en tout état de cause, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Zabel, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mars 2024 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas, conseillère ;

- et les observations de Me Zabel, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant comorien né le 12 mai 1996 est entré en France le 14 septembre 2022 muni de son passeport revêtu d'un visa valant titre de séjour étudiant valable du 19 août 2022 au 19 août 2023. Il a sollicité, auprès du préfet des Hauts-de-Seine, le renouvellement de sa carte de séjour temporaire. Par un arrêté du 31 août 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de procéder à ce renouvellement, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de produire l'arrêté du 31 août 2023 :

2. Le préfet des Hauts-de-Seine a produit, à l'appui de son mémoire en défense, l'arrêté attaqué du 31 août 2023, lequel a été communiqué à M. D le 27 août 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions du requérant tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de produire ledit arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par arrêté n° 2023-49 du 30 juin 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour, le préfet a donné délégation à M. C A, adjoint à la cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture, à l'effet de signer toutes décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige est manifestement infondé et doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et en particulier ses articles 3 et 8. Le préfet du Val-d'Oise souligne que M. D a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne peut lui être délivré dès lors que la formation dans laquelle il s'est inscrit au titre de l'année 2023-2024 à savoir le " DU clinique juridique justice, procès et procédure " n'était pas une formation qualifiante et qu'ainsi, il ne remplissait pas les conditions de l'article L. 422-1 susmentionné pour se voir délivrer un titre de séjour étudiant. Il mentionne également que la décision ne porte pas atteinte à son droit de mener une vie familiale normale conformément à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire français est prise consécutivement à la décision portant refus de séjour et n'avait donc pas à faire l'objet d'une motivation distincte de cette dernière. Enfin, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. D est présent en France depuis seulement un an, qu'il est célibataire et sans enfant et que ses attaches sur le territoire français ne sont pas fortes, stables et anciennes. Dès lors, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, alors même qu'il ne ferait pas mention de l'intégralité des éléments de la situation personnelle de l'intéressé portés à la connaissance du préfet dont cette autorité n'est pas tenue de faire état de manière exhaustive, et les énonce de manière suffisamment explicite pour que le requérant puisse comprendre les motifs sur lesquels elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. D.

7. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D a validé, dans son pays d'origine, une deuxième année de licence en droit et était inscrit, en France, au titre de l'année universitaire 2022-2023 en " bachelor carrières juridiques " à l'Institut supérieur du droit. Il fait valoir qu'il n'a pas validé son année en raison de difficultés financières mais a seulement validé, le 17 mai 2023, avec la mention assez bien, le niveau B2 en langue française du cadre européen commun de référence pour les langues. Le requérant fait valoir qu'il s'est inscrit, au titre de l'année universitaire 2023-2024, en première année de licence de droit dispensée par l'Université de Saint-Denis (Paris 8) et produit à ce titre son certificat de scolarité. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour étudiant au motif que M. D était inscrit en DU " clinique juridique, justice, procès et procédure " lequel n'est pas une formation qualifiante et qu'ainsi il ne remplissait pas les conditions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour étudiant. Or, en se bornant à faire valoir qu'il a toujours été sérieux dans ses études et qu'il n'a pas validé son année en raison de difficultés financières, M. D ne conteste pas utilement le motif de refus qui lui a été opposé par le préfet. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. D résidait depuis moins d'un an sur le territoire français à la date de l'arrêté attaqué et qu'il est entré en France en vue de poursuivre ses études supérieures et n'avait pas vocation à y demeurer. Par ailleurs, le requérant ne conteste pas les termes de l'arrêté attaqué selon lesquels il est célibataire et sans charge de famille et n'est pas dépourvu de tout lien avec son pays d'origine. Enfin, s'il fait valoir qu'il est bénévole au sein d'une association, cette circonstance ne permet pas, à elle seule, de considérer que le requérant a tissé des liens d'une intensité particulière avec la France. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. D doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais du litige.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de produire l'arrêté attaqué du 31 août 2023.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

M. Jacquelin, premier conseiller,

Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

L. Fabas

La présidente,

signé

H. Le GrielLa greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2405958