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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2405963

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405963

vendredi 10 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantISRAEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 avril 2024 et 6 mai 2024, M. A, représenté par Me Israël, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'une incompétence de son auteur ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale, dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il présente des garanties suffisantes de représentation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. d'Argenson pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 mai 2024 :

- le rapport de M. d'Argenson, magistrat désigné ;

- les observations de Me Israël, avocate désignée d'office, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et ajoute que l'arrêté du 18 août 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a retiré à M. A sa carte de résident et substitué une carte de séjour temporaire d'un an ne lui a pas été régulièrement notifié ;

- et les observations de M. A, qui indique à l'audience avoir servi 5 ans pour la légion étrangère et avoir été blessé au combat et décoré.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant kényan né le 15 septembre 1984, est entré sur le territoire français en 2000 muni d'un visa étudiant, selon ses déclarations. Il a été condamné le 27 novembre 2023 à une peine de 8 mois de prison ferme et incarcéré. Le préfet des Hauts-de-Seine, par un arrêté du 24 avril 2024, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. L'arrêté attaqué a été signé par Madame C D, adjointe au chef de bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du 8 avril 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine, d'une délégation à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai de départ volontaire, celles fixant le pays de renvoi et les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

3. La circonstance que l'arrêté du 18 août 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a retiré à l'intéressé sa carte de résident et substitué une carte de séjour temporaire d'un an ne lui aurait pas été régulièrement notifié est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué du 24 avril 2024.

4. L'arrêté attaqué comporte des considérations précises de fait et de droit qui en constitue le fondement. Il est par suite, suffisamment motivé.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la Convention de New York en date du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. M. B A soutient qu'il réside en France depuis l'année 2000, qu'il est père de 4 enfants français dont 3 sont à sa charge, qu'il a servi 5 ans dans la légion étrangère, qu'il a été blessé et décoré, qu'il a travaillé et qu'il respecte la France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné le 27 novembre 2023 à 8 mois d'emprisonnement délictuel pour des faits de menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. M. A ne conteste pas non plus les signalements dont il a fait l'objet au cours de la période récente, à savoir des appels téléphoniques malveillants le 22 février 2023, violence sur personne ayant été conjoint le 29 décembre 2021, port d'armes prohibé le 5 octobre 2020, menace de mort envers un dépositaire d'une autorité publique le 14 mai 2020, violence sur personne ayant été conjoint le 10 juillet 2019, violence avec usage ou menace d'une arme le 5 avril 2019, enfin menaces ou chantage, menaces de mort et violence le 5 janvier 2016. Ces faits justifient que le préfet ait qualifié le comportement de M. A de menace à l'ordre public. En outre, l'intéressé, séparé de sa compagne, n'établit pas contribuer à l'éducation ou à l'entretien de ses enfants, ni même entretenir une relation avec eux. Dans ces conditions, quelle que soit la sincérité de sa volonté de s'amender, et en dépit des services que l'intéressé a rendu à la France et qui lui ont valu l'octroi d'une carte de résident lui donnant la chance de s'installer durablement en France dans le respect des lois, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par l'arrêté en litige, ni méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L 612-9 du même code : " Sauf s'il n'a pas satisfait à une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public, les articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ne sont pas applicables à l'étranger obligé de quitter le territoire français au motif que le titre de séjour qui lui avait été délivré en application des articles L. 425-1 ou L. 425-3 n'a pas été renouvelé ou a été retiré ou que, titulaire d'un titre de séjour délivré sur le même fondement dans un autre Etat membre de l'Union européenne, il n'a pas rejoint le territoire de cet État à l'expiration de son droit de circulation sur le territoire français dans le délai qui lui a, le cas échéant, été imparti. "

8. Il ressort de ce qui a été dit au point 6 que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public et que l'intéressé n'allègue aucune circonstance humanitaire. C'est donc sans erreur de droit que le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et ce quelles que soient ses garanties de représentation.

9. Aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

10. Comme il a été dit précédemment, le comportement de M. A, qui ne justifie d'aucune circonstance humanitaire, constitue une menace à l'ordre public. L'intéressé ne fournit en outre aucun élément circonstancié sur les liens qu'il entretiendrait avec ses enfants. Par suite, le requérant n'établit pas le caractère disproportionné de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté, de même que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Israël et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

P-H. d'ArgensonLa greffière,

signé

Soulier

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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