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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2405969

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405969

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405969
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGIUDICELLI-JAHN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n° 2402852 du 25 avril 2024, le résident du tribunal administratif de Grenoble a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. B A, enregistrée le 24 avril 2024.

Par cette requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 25 avril et 7 juin 2024, M. A, représenté par Me Giudicelli Jahn, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 avril 2024, par laquelle le préfet de la Savoie a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français d'une année supplémentaire, a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout autre préfet territorialement compétent, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles sont entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que les conséquences sur sa situation personnelle sont disproportionnées ;

Sur la décision prolongeant l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions des article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le 14 mai 2024 le préfet de la Savoie a transmis des pièces complémentaires.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 juin 2024 :

- le rapport de M. Dussuet, président ;

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant égyptien né le 14 février 1987, est entré sur le territoire français le 27 août 2011 muni d'un visa court séjour selon ses déclarations. Il a fait l'objet, le 10 janvier 2023, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et lui faisant interdiction de retour d'une durée d'un an. Il a été interpellé le 22 avril 2024 par les services de police qui ont constaté l'irrégularité de son séjour en France. L'intéressé n'ayant pas justifié avoir déféré à la mesure d'éloignement, le préfet de la Savoie, par un arrêté du 22 avril 2024, dont M. A demande l'annulation, a prolongé d'un an la durée de la précédente interdiction de retour sur le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, par arrêté SCPP n° 68-2023 du 19 décembre 2023, publié au recueil des actes administratifs le 20 décembre 2023, le préfet de la Savoie a donné délégation à Mme Nathalie Tochon, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer et directrice de la direction de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer la décision contestée. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Il résulte toutefois également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

5. En l'espèce, M. A soutient qu'il n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué. Toutefois, il ressort du procès-verbal d'audition produit par le préfet de la Savoir en défense, que M. A a été entendu par les services de police lors de son interpellation pour vérification de son droit de circulation ou de séjour le 29 avril 2024 et a pu communiquer les informations relatives à sa situation personnelle. Au demeurant, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Savoie a pris en compte, les déclarations de M. A concernant sa situation personnelle. Enfin, si le requérant soutient que la décision se fonde sur le fait qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement en raison du recours déposé contre cette décision devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, d'une part ce recours n'est pas suspensif et d'autre part un jugement de rejet de son recours a été rendu le 6 juillet 2023. M. A était ainsi tenu d'exécuter la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu qu'il tient de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

En ce qui concerne la décision portant prolongation d'un an de l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. En premier lieu, l'arrêté de prorogation de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français a été édicté sur le fondement de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions de l'article L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la décision d'interdiction de retour initiale, doit être écarté comme inopérant.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entré et du séjour des étrangers et droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; / 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 721-1 du même code : " Les dispositions du présent chapitre sont applicables à l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement dès son édiction puis à tout moment de la procédure jusqu'à ce qu'il soit procédé à son éloignement effectif. ". Et aux termes de l'article L. 731-1 du même code, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (). ".

8. Il résulte de ces dispositions que le délai pour procéder à l'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français est d'un an à compter de son prononcé et que ce délai est suspendu en cas de recours contre cette dernière. Cependant, il ressort également de ces dispositions que l'étranger faisant l'objet d'une telle décision est tenu de l'exécuter et ce même lorsque le délai accordé à l'administration pour procéder à son exécution d'office est dépassé. Ainsi, à supposer même que le délai d'exécution d'office ait été dépassé, l'obligation de quitter le territoire français n'ayant pas été abrogée ou retirée, M. A était toujours tenu de l'exécuter, de sorte que le préfet de la Savoie pouvait prendre la décision de prolonger la décision portant interdiction de quitter le territoire français qui assortissait la mesure d'éloignement sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-11 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis l'année 2011 et du fait qu'il y exerce une activité professionnelle. Toutefois, si M. A établit résider sur le territoire français depuis l'année 2011, et que la commission du titre de séjour réunie le 25 novembre 2022 a émis un avis favorable à sa demande de titre de séjour, il ressort également des pièces du dossier que ladite commission a reconnu que le requérant ne justifiait pas d'attaches personnelles et familiales sur le territoire français et que s'il exerce une activité professionnelle depuis l'année 2022, celle-ci n'est pas déclarée. Par ailleurs, M. A a déclaré lui-même lors de son audition que sa famille réside en Egypte et qu'il n'a pas de famille sur le territoire français. Enfin, Si M. A soutient qu'il pouvait prétendre à une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, il ne l'établit, pas en tout état de cause. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

Le président du tribunal,

Signé

J-P. DussuetLe greffier,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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