Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2405981

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2405981
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBASSET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a été saisi par la commune de Ville-d'Avray sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. La commune demandait la désignation d'un expert géotechnicien afin de vérifier l'absence de danger permettant la levée de son arrêté de police interdisant la circulation, pris suite à l'effondrement d'un mur de soutènement lors d'un chantier de construction. Le tribunal a rejeté la demande, estimant la mesure d'expertise non utile, car une expertise judiciaire était déjà en cours devant le juge judiciaire de Nanterre concernant le même projet de construction, et un expert administratif avait déjà conclu à un danger imminent.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 avril 2024 sous le n° 2405981, la commune ville d'Avray demande au juge des référés :

1°) de désigner un expert géotechnicien, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, afin d'apprécier l'absence de danger permettant la levée de son arrêté du 22 mars 2024 prohibant la circulation des véhicules sur la portion de la rue Grange Fontenelle entre la rue de Versailles et l'accès à un chantier 13 rue Grange Fontenelle ;

2°) d'enjoindre à l'expert le dépôt d'un pré-rapport dans un délai de quinze jours.

Elle soutient que :

- elle a été alertée par des particuliers de l'effondrement d'un mur de soutènement possiblement provoqué par une opération de travaux d'un opérateur privé, la société Seqens, sur des parcelles voisines ;

- elle a dû prendre un arrêté portant interdiction de circulation pour des raisons de sécurité ;

- elle a obtenu du tribunal la désignation en urgence d'un expert qui a conclu à la présence d'un danger grave et imminent ;

- une étude produite par la société Seqens conclut que les engins utilisés lors des travaux ne sont pas de nature à générer des vibrations au-dessus des valeurs seuils de dommages aux structures ;

- la mesure d'expertise est utile pour confirmer cette étude initiée par le promoteur et mettre un terme à la mesure de police.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2022, la société Sn Erct Construction représenté Me Basset ne s'oppose pas à la mesure d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et conclut à ce qu'il soit statuer sur les dépens.

Elle fait valoir que :

- la société Sequens, qui porte un projet de construction au 13 rue Grange Fontenelle, n'est étonnamment pas partie à l'expertise ;

- elle n'est responsable que des travaux de construction après la phase de démolition effectué par une autre société non partie à la cause ;

- un expert judiciaire a été désigné par ordonnance du 20 janvier 2021 dans le cadre d'une procédure de référé préventif sur cette opération de travaux.

La requête a été communiquée à M. et Mme E, à la société Sas Jane One, à M. et Mme F, au syndicat des copropriétaires Immeuble 24 rue de Versailles, à l'établissement public territorial du Grand Paris Seine Ouest qui n'ont pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. / Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". Il appartient, en vertu de ces dispositions, au juge des référés saisi d'une demande d'expertise de rechercher dans quelle mesure cette expertise peut être utile à la solution d'un éventuel litige, en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

2. Il résulte de l'instruction que la société Sequens conduit un projet privé de construction de 30 logements collectifs avec stationnement souterrain au 13 rue Grange Fontenelle à Ville-d'Avray (92410), qui a débuté à l'automne 2023. Cette opération fait l'objet d'une procédure de référé préventif prescrit par une ordonnance du juge judiciaire de Nanterre du 20 janvier 2021 et désignant M. H A D, en qualité d'expert, à laquelle sont parties la commune ville d'Avray, M. et Mme E, la société Sas Jane One, M. et Mme F, l'établissement public territorial du Grand Paris Seine Ouest et qui porte sur les parcelles cadastrées AI 23, AI 153, AI 154 et AI 155, avec visites sur les parcelles AI 19 et AI 147. Le 6 janvier 2024, la société Sas Jane One a alerté l'expert, M. A D, sur l'état d'un mur de soutènement sur la parcelle AI 147. Le 14 mars 2024, le mur de soutènement entre les propriétés de M. et Mme E (parcelle AI 147) et la SAS Jane One (parcelle AI 19) s'est effondré. M. A D s'est rendu sur place a rendu un rapport intermédiaire le 16 mars 2024. Le 19 mars 2024, la commune ville d'Avray sollicitait le juge administratif pour la désignation d'un expert sur le fondement de l'article L. 511-9 du code de la construction et de l'habitation afin d'examiner l'état du mur de soutènement. La commune ville d'Avray demandait l'examen de la parcelle cadastrée contigüe (AI 152) et la mise en cause le syndicat des copropriétaires Immeuble 24 rue de Versailles. Par une ordonnance n° 2403946 du 20 mars 2024, le juge des référés du tribunal de céans a fait droit à cette demande de constat et a désigné Mme B G en qualité d'expert. Cette dernière a conclu le 25 mars 2024 à un danger imminent et manifeste existant sur les murs de soutènement, parcelles cadastrées AI 147, AI 19 et AI 152, au maintien de la fermeture à la circulation des véhicules de la portion de la rue Grange Fontenelle entre la rue de Versailles et l'accès au chantier 13 rue Grange Fontenelle, à l'interdiction de passage et d'habitation des parcelles AI 19 et AI 152, à la reprise du chantiers sous réserve d'une note explicative justifiant l'absence de vibrations nuisibles, à un suivi géotechnique et des études structurelles prenant en compte l'état des avoisinants. Par une requête en date du 25 avril 2024, la commune ville d'Avray demande la désignation d'un expert géotechnicien afin de confirmer l'étude Acoustb du 11 avril 2024 justifiant l'absence de vibrations permettant la reprise de travaux et l'inexistence de danger à la levée de l'arrêté du 22 mars 2024 portant fermeture à la circulation des véhicules sur la portion de la rue Grange Fontenelle située entre la rue de Versailles et l'accès au chantier au 13 rue Grange Fontenelle.

3. La demande d'expertise sollicitée par la commune de ville d'Avray est dépourvue d'utilité dès lors qu'à la suite de l'ordonnance du tribunal de céans du 20 mars 2024, une expertise a déjà été rendue le 11 avril 2024 sur la question relative au rôle éventuel des engins de chantier dans l'apparition de phénomènes de vibrations susceptibles de causer l'effondrement des murs de soutènement, qu'un suivi géotechnique du chantier a déjà été prescrit et enfin que l'expert désigné par ordonnance du juge judiciaire du 20 décembre 2021 est en mesure de se prononcer au vu de l'expertise du 11 avril 2024 et du suivi géotechnique du chantier sur les conditions de reprise des travaux permettant la levée de l'interdiction de circuler sur la partie concernée de la rue Grange Fontenelle. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la mesure d'expertise sollicité.

Sur les dépens :

4. Aucun dépens n'ayant été exposé, il n'y a pas lieu de se prononcer sur les conclusions de la société Sn Erct Construction relative aux dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la commune ville d'Avray est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune ville d'Avray, à la société Sn Erct Construction, à M. et Mme E, à la société Sas Jane One, à M. F, à Mme C F, au syndicat des copropriétaires Immeuble 24 rue de Versailles, à l'établissement public territorial du Grand Paris Seine Ouest.

Fait à Cergy, le 16 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

F. BEAUFAŸS

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.