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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2406052

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406052

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406052
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDECARNIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2320406 du 26 avril 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête présentée le 5 septembre 2023 par M. E D.

Par cette requête et trois mémoires complémentaires enregistrés les 5 septembre, 9 et 11 octobre 2023 et le 21 février 2024, M. E D, représenté par Me Decarnin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnait son droit à être entendu garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard des articles L 423-23, L 435-1 ; L 611-1 ; L 611-2 ; L 612-1 ; L 614-1 et suivants ; L 711-1 ; L 711-2 ; L 721-3 et L 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'erreurs de fait ;

- il est entaché d'exception d'illégalité ;

- il porte une atteinte excessive à son droit d'exercer une activité professionnelle ;

- il méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ainsi qu'au regard du pouvoir d'appréciation du préfet.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 6 et 16 octobre 2023 ainsi que le 4 juin 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête et communique les pièces du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 5 juin 2024 :

- le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Decarnin, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- le préfet de police de Paris n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, ressortissant algérien né le 13 décembre 2000, a fait l'objet d'un arrêté du 25 août 2023, par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par arrêté n° 2023-00971 du 23 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de police de Paris le même jour, le préfet a donné délégation à M. A B, attaché d'administration de l'Etat, placé sous l'autorité de la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer toutes décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui le fonde. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressé avant de prendre la décision contestée. Le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Il résulte toutefois également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite d'un contrôle d'identité réalisé par les services de police le 25 août 2023, M. D a été auditionné en français par les services de police le même jour, et a ainsi été mis en mesure de faire valoir tous les éléments relatifs à sa situation personnelle. Il ne ressort nullement des pièces du dossier que M. D aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision litigieuse. Dès lors, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait été adopté en méconnaissance du droit d'être entendu. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En cinquième lieu, si M. D fait valoir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les dispositions des articles L. 423-23 et L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ainsi qu'au regard du pouvoir d'appréciation du préfet, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'a jamais sollicité de titre de séjour. En conséquence, alors que l'arrêté attaqué ne se prononce pas sur le droit au séjour du requérant mais lui fait obligation de quitter le territoire français, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L 435-1 du code susmentionné et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ainsi qu'au regard du pouvoir d'appréciation du préfet sont inopérants et doivent, par suite, être écartés.

10. En sixième lieu, si M. D soutient que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de droit au regard des articles L 611-1 ; L 611-2 ; L 612-1 ; L 614-1 et suivants ; L 711-1 ; L 711-2 ; L 721-3 et L 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'erreurs de fait et qu'il porte une atteinte excessive à son droit d'exercer une activité professionnelle ces moyens ne sont pas assortis de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ils doivent être écartés.

11. En septième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. En l'espèce, M. D soutient que la décision contestée porte atteinte à sa vie privée et familiale dès lors qu'il réside de manière continue et régulière en France depuis janvier 2022, qu'il a établi l'ensemble de sa vie privée en France, qu'il y a travaillé pendant de nombreux mois et qu'il y est suivi médicalement. Toutefois, si l'intéressé entend se prévaloir d'une activité professionnelle, il ne produit qu'un extrait d'immatriculation principale au registre du commerce et des sociétés de son entreprise sans toutefois justifier de revenus. Par ailleurs, il ressort du procès-verbal d'audition produit en défense par le préfet de police que l'intéressé se déclare célibataire et sans enfant. En outre, si le requérant fait valoir qu'il n'a plus aucune attache familiale en Algérie, et produit notamment le certificat de décès de son père, il allègue toutefois que sa mère, si elle est extrêmement malade, se trouve en Algérie. Ainsi, M. D n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside sa mère et où il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans. Dans ces conditions, et dès lors, en outre qu'il ne justifie d'aucune intégration particulière en France depuis son entrée récente sur le territoire, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'est opérant seulement à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En huitième lieu, il résulte de ce qui précède que, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination, par la voie de l'exception d'illégalité manque en fait et doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. M. D soutient qu'en cas de retour en Algérie, il se trouverait entièrement isolé. Toutefois, l'intéressé ne saurait être isolé en cas de retour dans son pays d'origine dès lors que sa mère y réside et qu'il y a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans. Dans ces conditions, le préfet de police de Paris ne peut être regardé comme ayant méconnu les stipulations précitées en fixant comme pays de renvoi le pays d'origine de l'intéressé. Le moyen doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police de Paris du 25 août 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais du litige, sans qu'il y ait lieu de l'admettre au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire.

D É C I D E :

Article 1er : M. D n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 7 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. Beaufaÿs La greffière,

signé

M. C La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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