Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406075
jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2406075 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 26 avril et 29 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Decarnin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 22 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a informée qu'elle faisait l'objet d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Decarnin, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 421-1 et R. 421-2 du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle et professionnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle et professionnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine indique au tribunal que la requête n'appellr aucune observation particulière de sa part.
Par une décision du 29 juillet 2024, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par ordonnance du 29 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 1er juillet 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Courtois, rapporteure,
- et les observations de Me Wissaad, substituant Me Decarnin, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante chinoise née le 13 octobre 1995, est entrée sur le territoire français le 28 août 2017 munie d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " valable du 20 août 2017 au 20 août 2018. Elle a obtenu plusieurs titres de séjour en cette qualité puis une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise " délivrée le 20 septembre 2022 et valable jusqu'au 19 septembre 2023. La dernière carte de séjour temporaire dont elle était titulaire, valable du 25 janvier 2023 au 24 janvier 2024, portait la mention " salarié - chargée d'étude marketing ". Mme A en a sollicité le renouvellement le 24 novembre 2023, après avoir été involontairement privée d'emploi le 19 mai 2023, sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 22 mars 2024, dont Mme A demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Mme A a été admise, par une décision du 29 juillet 2024, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission à cette aide à titre provisoire sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail ".
4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes de l'arrêté attaqué, que le préfet des Hauts-de-Seine s'est cru saisi par Mme A d'une demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " avec changement de statut pour un titre de séjour portant la mention " salarié " et a refusé ce renouvellement au motif que l'intéressée ne remplissait pas les conditions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour la délivrance d'un premier titre de séjour en qualité de salarié en relevant que son employeur avait mis fin à son contrat de travail, qu'elle ne présentait pas de nouveau contrat de travail et que ses droits à allocation avaient expiré. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A avait obtenu un contrat à durée indéterminée au sein de la société IFOP à compter du 21 novembre 2022, qui a pris fin à l'initiative de l'employeur le 19 mai 2023 et pour lequel elle avait bénéficié, le 25 janvier 2023, d'un premier titre de séjour temporaire portant la mention " salarié ", valable jusqu'au 24 janvier 2024, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, dès lors qu'elle s'est trouvée involontairement privée d'emploi, elle pouvait bénéficier, en vertu de ces mêmes dispositions rappelées ci-dessus au point 3, de la prolongation d'un an de ce titre par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1. Par suite, en refusant ce premier renouvellement, le préfet des Hauts-de-Seine, qui a entaché sa décision d'une erreur de fait au regard du titre dont disposait déjà Mme A, a également méconnu les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 22 mars 2024 en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Le motif d'annulation retenu par le présent jugement implique nécessairement que l'autorité compétente délivre à Mme A un titre de séjour portant la mention " salarié ". Il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent compte-tenu du lieu de résidence de l'intéressée, de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Decarnin de la somme de 1 200 euros sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission, à titre provisoire, de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 22 mars 2024 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de Mme A, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Decarnin, conseil de Mme A, la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Valentina Decarnin et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Drevon-Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Courtois, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
M-A Courtois
La présidente,
signé
E. Drevon-CoblenceLa greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.