Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406220

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. G C, ressortissant malien, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de renvoi pris par le préfet du Val-d'Oise le 29 mars 2024. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et de défaut de motivation, jugeant l'arrêté suffisamment motivé et signé par une autorité compétente. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration, et la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 avril et13 juin 2024, M. G C, représenté par Me David-Bellouard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 29 mars 2024 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi.

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour au titre de travail ou de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté attaqué :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- par voie d'exception, elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision de refus de titre de séjour qui est entachée d'illégalité ;

- elle méconnaît son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à l'égard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Val-d'Oise a présenté un mémoire en défense le 19 septembre 2024 qui n'a pas été communiqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-malien sur la circulation et le séjour des personnes du 26 septembre 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteuse publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique:

- le rapport de M. F,

- les observations de Me Ancion, représentant M. G C, et du requérant présent, qui concluent aux mêmes fins par les mêmes moyens.

M. G C, représenté par Me David-Bellouard, a présenté une note en délibéré enregistrée le 27 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. G C, ressortissant malien né le 1er janvier 1987, déclare être entré en France le 22 décembre 2018. Le 27 juin 2023, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 5 de l'accord franco-malien. Par un arrêté du 29 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par cette requête, M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté :

2. L'arrêté en litige a été signé par Mme B D, cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement à la préfecture du Val-d'Oise laquelle avait reçu du préfet de ce département délégation à l'effet de signer toutes décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français par arrêté n°2023-071 du 22 décembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

5. L'arrêté attaqué, qui n'a pas à contenir l'ensemble des éléments concernant la situation du requérant, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il énonce notamment que le requérant ne remplit pas les conditions des articles L. 421-1 à L. 421-4, auxquelles renvoient l'accord franco-malien susvisé, dès lors qu'il ne justifie pas de la production de visa long séjour telle que mentionnée à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne produit pas non plus de contrat de travail visé conformément aux dispositions de l'article L. 5221-2 du code de travail. Il précise également que l'intéressé ne justifie d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnels justifiant une admission exceptionnelle au séjour, et que les pièces produites par le requérant ne sont pas suffisantes pour établir la réalité et la pérennité de son travail. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. C.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

6. Si le requérant soutient que le préfet a à tort considéré que la société BAFI pour laquelle le requérant produit des bulletins de salaires aurait été radiée du registre du commerce et des sociétés (RCS), il ressort des mentions de la décision attaquée qu'il n'est pas fait référence à la radiation de cette société du RCS, mais que cette société a déclaré à l'union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales ne plus employer de salariés et qu'elle a cessé depuis l'année 2014 de transmettre des déclarations de versement de salaires. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur de fait doit être écarté.

7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

8. Le requérant se prévaut d'une entrée en France en décembre 2018 et de la présence en France de son frère aîné. Cependant, d'une part, la circonstance que le requérant réside habituellement en France depuis décembre 2018 ne suffit pas, à elle seule, à caractériser des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires justifiant son admission au séjour. D'autre part, les pièces versées au débat, soit une attestation de son frère, une attestation de sa belle-sœur, des documents provenant de l'assurance maladie, une carte individuelle d'admission à l'AME, une attestation de forfait Navigo pour avril 2021 à décembre 2021 et une convocation à la sous-préfecture de Sarcelle pour juillet 2023, ne permettent pas de caractériser des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires au titre de la vie privée et familiale. En outre, M. C n'établit pas davantage être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusque l'âge de 31 ans au moins. S'agissant de son activité professionnelle, si M. C se prévaut de bulletins de salaires en tant qu'agent de nettoyage de juillet 2020 à janvier 2023 établis par la société BAFI, il ressort des pièces du dossier que cette société a déclaré ne pas employer de salariés sur cette période, ce qui permet de douter de l'authenticité des bulletins de salaires émis au nom d'une société déclarant ne pas employer de salariés. Il invoque en outre une activité salariée pour la société Selvanet de mars 2022 à août 2023. Ces éléments ne permettent pas de justifier de l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au soutien de son admission au séjour en qualité de " salarié ". Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'existence d'un motif exceptionnel dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés plus haut, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

11. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision litigieuse doit être écarté.

12. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre. () ".

13. Si l'article 41 de cette charte s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Si ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, il ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Ainsi, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. D'une part, il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. D'autre part, il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre celui-ci à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

14. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France en 2018 démuni de tout visa. Dès lors, le requérant ne pouvait sérieusement ignorer que l'irrégularité de sa situation l'exposait à une décision portant obligation de quitter le territoire français. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait détenu des informations relatives à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance du préfet du Val-d'Oise avant que ne soit prise l'obligation de quitter le territoire qu'il conteste. Il n'est pas davantage démontré que si de telles informations avaient pu être communiquées à temps, elles auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise aux termes d'une procédure méconnaissant le droit du requérant d'être entendue doit être écarté.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs exposés à l'occasion de l'examen du refus de titre de séjour, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation à l'égard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2024 du préfet du Val-d'Oise. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation de cet arrêté, et par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais du litige doivent être rejetées.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

17. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique ". Aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelle : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection./ L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué".

18. Dès lors que l'action est dénuée de fondement, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : L'admission à l'aide juridictionnelle provisoire est refusée

Article 2 : La requête de M. C est rejetée

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. F,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le président-rapporteur

signé

G. F

L'assesseur le plus ancien

signé

S. Bourragué La greffière,

signé

S. Nimax La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.