Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406269
jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2406269 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 avril 2024, Mme B C épouse E, représentée par Me Yahiaoui, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de certificat de résidence et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs dirigés contre les décisions attaquées :
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire alors pourtant qu'elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur ce fondement ; à cet égard, elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard notamment des critères posés par la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 ;
- elles méconnaissent les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et sont à cet égard entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision refusant de l'admettre au séjour ;
Par une décision du 25 mars 2024, Mme C épouse E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par un mémoire, enregistré le 25 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise informe le tribunal qu'il confirme sa décision et transmet les pièces constitutives du dossier.
Par ordonnance du 26 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 9 août 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Cordary, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse E, ressortissante algérienne née le 7 août 1988, est entrée sur le territoire français le 22 octobre 2017 sous couvert d'un visa Schengen valable du 2 juillet 2017 au 1er juillet 2018. Le 27 juillet 2023, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence mention " vie privée et familiale ". Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à cette demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les moyens communs aux décisions portant refus de certificat de résidence et obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D A, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté n° 23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise le même jour, pour signer les décisions de refus de titres de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire et celles fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Ces dispositions sont relatives aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Ces conditions sont cependant régies de manière exclusive, en ce qui concerne les ressortissants algériens, par l'accord du 27 décembre 1968. Un ressortissant algérien ne saurait dès lors utilement invoquer les dispositions précitées de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.
4. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
5. Il ressort des pièces du dossier que si Mme C épouse E se prévaut d'une durée de présence de six ans en France et d'une vie familiale, professionnelle et sociale pérenne et stable, dès lors qu'elle vit avec son époux et ses deux enfants mineures, dont la dernière est née en France en 2018, elle n'établit ni-même n'allègue que son époux, ressortissant algérien, serait en situation régulière sur le territoire français. Par ailleurs, la scolarisation de ses enfants et la naissance d'une de ses filles sur le territoire français ne sauraient constituer un motif d'admission au séjour, pas plus que la durée de séjour de six ans dont elle se prévaut. Enfin, en se bornant à produire à l'instance un contrat à durée déterminée justifiant de son emploi en qualité d'esthéticienne au sein de la société Nega Royale Beauté (Seine-Saint-Denis) du 3 novembre 2022 au 2 février 2023, la requérante n'établit aucunement exercer un emploi pérenne et stable. Dans ces conditions, Mme C épouse E, qui ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 qui ne contient pas de ligne directrice invocable devant le juge de l'excès de pouvoir, n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser son droit au séjour.
6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Pour les mêmes raisons que celles évoquées au point 5 ci-dessus, Mme C épouse E, qui au demeurant ne conteste pas ne pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où vivent ses parents et sa fratrie, et dont la cellule familiale peut se reconstituer sans dommage en Algérie, ne saurait soutenir que le préfet du Val-d'Oise, en refusant de l'admettre au séjour, a méconnu les stipulations précitées du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de ce qu'il aurait à ces égards commis une erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
9. Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. Comme il a été dit au point 5 ci-dessus, Mme C épouse E, qui se borne à soutenir que sa fille qui entre en sixième ne pourrait pas suivre une scolarité normale en cas de retour en Algérie, ne l'établit pas. Pour le reste, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, elle ne fait état d'aucune circonstance particulière susceptible de faire obstacle à ce que sa cellule familiale se reconstruise en Algérie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
11. En dernier lieu et pour les mêmes raisons que celles évoquées ci-dessus, c'est sans commettre d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle que le préfet a refusé d'admettre Mme C épouse E au séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français, alors au demeurant que la requérante a déjà fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français datée du 2 juillet 2021, qu'elle n'a pas exécutée.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. Il résulte de ce qui précède que la décision refusant d'admettre la requérante au séjour n'est pas illégale. Par suite, Mme C épouse E n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C épouse E doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de Mme C épouse E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié Mme B C F E, à son conseil Me Yahiaoui et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. CORDARY
La présidente,
Signé
C. ORIOLLa greffière,
Signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière