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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2406306

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406306

mardi 1 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOY CAROLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui contestait le refus du préfet du Val-d'Oise de lui accorder le regroupement familial pour son épouse. Le tribunal a estimé que la décision préfectorale était légalement fondée sur l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet d'exclure du regroupement familial un membre de la famille résidant déjà en France, situation admise par le requérant. Les moyens soulevés par M. B, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'insuffisance de motivation et la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ont été écartés. Le tribunal a ainsi confirmé la légalité du refus préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 avril 2024, M. D B, représenté par Me Boy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 mars 2024, par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui accorder le regroupement familial ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 434-1 et L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par une ordonnance du 28 novembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 30 décembre 2024.

Un mémoire en défense du préfet du Val-d'Oise, enregistré le 15 janvier 2025, postérieurement à la clôture d'instruction, n'a pas été communiqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain, premier conseiller ;

- les observations de Me Fombonne, substituant Me Boy, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 29 septembre 1979, titulaire d'une carte de résident valable du 14 novembre 2023 au 13 novembre 2033, a sollicité, par une demande enregistrée le 20 décembre 2023, le regroupement familial au bénéfice de son épouse. Par une décision du 27 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande au motif que son épouse résidait sur le territoire français. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. C E, adjoint à la cheffe du bureau du séjour à la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise n° 23-071 du 22 décembre 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les faits sur lesquels elle s'appuie. En particulier, elle indique que l'épouse de M. B ne pouvait bénéficier du regroupement familial, dès lors qu'elle était déjà présente sur le territoire français. Dans ces conditions, cette décision, qui comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée et ne méconnaît pas les stipulations des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 43461 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants ". A termes de l'article L. 434-2 de ce code : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; () ". A termes de l'article L. 434-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial : () / 3° Un membre de la famille résidant en France. ".

5. M. B fait valoir qu'il remplissait toutes les conditions pour se voir accorder le regroupement familial au bénéfice de son épouse, dès lors qu'il est en situation régulière sur le territoire français, dispose d'un logement conforme, de ressources suffisantes et respecte les principes essentiels régissant la vie familiale en France. Toutefois, il ressort des termes de la décision attaquée du 27 mars 2024 que, pour refuser à M. B le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance, expressément admise par le requérant, que son épouse résidait déjà en France. Alors même qu'il lui aurait été loisible en vertu de son pouvoir discrétionnaire d'accorder à M. B l'autorisation sollicitée, le préfet du Val-d'Oise était en droit, pour ce seul motif, de rejeter la demande de regroupement familial de M. B, et n'a donc pas, en édictant la décision en litige, méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Si les dispositions de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient qu'un membre de la famille résidant en France peut être exclu du regroupement familial, il appartient à l'autorité préfectorale de s'assurer qu'une décision refusant le bénéfice du regroupement familial ne porte pas une atteinte excessive au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. M. B se borne à faire valoir que la décision en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale, dès lors qu'elle aurait pour effet de séparer son épouse de son enfant à naître. Toutefois, alors que la décision en litige n'a, par elle-même, ni pour objet ni pour effet de modifier la situation familiale du requérant, il est loisible à son épouse de retourner au Maroc le temps pour celui-ci de déposer une nouvelle demande de regroupement familial dont, du reste, le requérant soutient lui-même qu'il remplit toutes les conditions. Dans ces conditions, en rejetant la demande de regroupement familial présentée par M. B, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Par ailleurs, l'enfant du couple n'étant pas encore né à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peut qu'être écarté comme inopérant.

10. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché la décision litigieuse d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Makri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2025.

Le rapporteur,

Signé

T. VIAIN

Le président,

Signé

C. HUON

La greffière,

Signé

S. RIQUIN

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2406306

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