Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406364

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant grec et tunisien, qui contestait l'arrêté préfectoral du 30 avril 2024 l'obligeant à quitter sans délai le territoire français. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation. Il a estimé que M. B, qui ne justifiait pas d'un droit au séjour en application des articles L. 232-1 et L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. B, y compris celles relatives à l'injonction et aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 2 et 27 mai 2024, M. A B, représenté par Me Loquès, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2024, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 233-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, contrairement à ce qu'a considéré le préfet, il n'est pas une charge pour le système d'assurance sociale dès lors qu'il exerce une activité professionnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- aucune situation d'urgence ne justifiait qu'aucun délai de départ volontaire ne lui soit octroyé, dès lors, la décision lui refusant l'octroi d'un tel délai méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine communique les pièces constitutives du dossier et conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fabas, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant grec et tunisien né le 19 janvier 1991, serait entré en France en 2022 selon ses déclarations. Le 29 avril 2024, il a été interpellé pour conduite d'un véhicule sans permis en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et en ayant fait usage d'un permis de conduire faux ou falsifié et placé en garde à vue. Par arrêté du 30 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. M. B sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et en particulier le 1° de l'article L. 251-1 et l'article L. 251-3 de ce code. Le préfet rappelle également la situation administrative et familiale de M. B ainsi que les motifs l'ayant conduit à prendre une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Il rappelle également qu'il se déclare célibataire, n'est pas dépourvu de toutes attaches personnelles et familiale dans son pays d'origine et que par conséquent, l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, cet arrêté comporte les considérations de fait et de droit qui le fondent et est ainsi suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

4. En troisième lieu, aux termes des dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes :

1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; ". Aux termes des dispositions de l'article L. 232-1 du même code : " Tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale mentionné par la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille, tels que définis aux articles L. 200-4 et L. 200-5 et accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne, ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français.

Les dispositions du premier alinéa sont applicables aux ressortissants étrangers définis à l'article L. 200-5. Un décret en Conseil d'Etat fixe les conditions d'application du présent article. ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 231-2 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne qui souhaitent établir en France leur résidence habituelle se font enregistrer auprès du maire de leur commune de résidence dans les trois mois suivant leur arrivée. Ceux qui n'ont pas respecté cette obligation d'enregistrement sont réputés résider en France depuis moins de trois mois. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 233-1 de ce code ; " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France () ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la requête de M. B et des termes de l'arrêté attaqué, que celui-ci réside sur le territoire français depuis l'année 2022. Or, M. B n'établit pas avoir respecté l'obligation d'enregistrement qui lui incombait en vertu de l'article L. 231-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il s'est établi sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. Ainsi, il ne peut, en conséquence, se prévaloir des dispositions de l'article L. 233-1 ni d'ailleurs de celles des articles L. 233-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 233-1 de ce même code ne peut qu'être écarté. Dès lors qu'il a résidé plus de trois mois sur le territoire français, M. B ne peut davantage se prévaloir des dispositions de l'article L. 232-1 du même code et ainsi, la circonstance que le préfet a indiqué, à tort, qu'il était dépourvu de ressources et représente une charge pour le système d'assurance sociale alors qu'il établit exercer une activité professionnelle en qualité de chauffeur livreur est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Il en résulte que la situation de M. B entrait dans le champ des dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il pouvait ainsi faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il ne justifiait plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans charge de famille et qu'il réside depuis moins de deux ans sur le territoire français. Dans ces conditions, et en dépit de l'activité professionnelle qu'il établit exercer depuis le mois de décembre 2023, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. Aux termes des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision.

L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

8. Ainsi que le fait valoir M. B, aucune situation d'urgence ne justifiait qu'il soit obligé de quitter sans délai le territoire français alors que les citoyens de l'Union européenne disposent, par principe, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification qui leur est faite de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le requérant est fondé à demander, pour méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire d'un mois.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire d'un mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui annule seulement la décision refusant à M. B l'octroi d'un délai de départ volontaire d'un mois n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite les conclusions présentées à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

11. L'Etat n'étant pas, principalement, la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme que M. B demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 30 avril 2024 refusant à M. B l'octroi d'un délai de départ volontaire d'un mois est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

M. Jacquelin, premier conseiller,

Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

L. Fabas

La présidente,

signé

H. Le GrielLa greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2406364