Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406381
vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2406381 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 2 mai 2024 sous le numéro 2406381, Mme A B, représentée par Me Berdugo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de cet article ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, le préfet du Val-d'Oise confirme sa décision et produit les pièces constitutives du dossier.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 2 mai 2024 sous le numéro 2406383, M. E D, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de cet article ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, le préfet du Val-d'Oise confirme sa décision et produit les pièces constitutives du dossier.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chaufaux,
- et les observations de Me Simon, substituant Me Berdugo, avocat de Mme B et de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B et son époux M. E D, ressortissants arméniens nés respectivement le 6 novembre 1989 à Byuravan et le 3 octobre 1989 à Dvin, sont entrés en France le 15 juillet 2019 selon leurs déclarations, dépourvus de tout visa. Par un arrêté du 21 avril 2023, pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Somme leur a fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement en date du 13 juin 2023, le tribunal a enjoint l'administration de procéder au réexamen de la situation de Mme B et M. D. Par la présente requête, les requérants demandent l'annulation des arrêtés en date du 29 mars 2024 par lesquels le préfet du Val-d'Oise a pris à leur encontre une décision de refus de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de destination.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées enregistrées sous les numéros 2406381 et 2406383 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
3. En premier lieu, les arrêtés attaqués visent notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ils mentionnent différents éléments de la situation personnelle et familiale des requérants, notamment qu'ils sont les parents de trois enfants. Ils contiennent ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet du Val-d'Oise pour refuser leur demande de titre de séjour et les obliger à quitter le territoire français. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation des requérants avant de prendre les arrêtés attaqués. Par suite, les moyens tirés de l'absence d'examen de la situation personnelle des requérants et de l'insuffisance de motivation de ces arrêtés doivent être écartés.
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
5. Mme B et M. D soutiennent qu'ils résident en France depuis 2019 avec leurs trois enfants et que les parents et la sœur de M. D ainsi que la sœur de Mme B résident également en France. Si les requérants se prévalent de la scolarisation de leurs enfants en France, ils n'allèguent pas qu'ils ne pourraient pas être scolarisés dans leur pays d'origine. En outre, à la supposer établie la circonstance que les parents de M. D, qui au demeurant n'a pas indiqué la présence de ses parents en France dans la fiche de salle, résideraient en France depuis dix ans, n'ouvre pas de droit au séjour pour les intéressés. Enfin, les requérants ne justifient, ni n'allèguent, être dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine où ils ont vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. Dans ces conditions, en l'absence d'obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, les décisions portant refus de titre de séjour n'ont pas porté au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ils ont été pris et n'ont, par suite, méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions du de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
7. D'une part, compte-tenu des éléments exposés au point précédent, la situation personnelle et familiale des requérants n'est pas de nature à caractériser un motif exceptionnel ou une circonstance humanitaire pouvant justifier la délivrance d'un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale ". D'autre part, si à la date des décisions en litige, M. D travaille comme ouvrier en rénovation énergétique au sein de la société Aramis Construction depuis août 2021, dans le cadre d'un contrat à temps partiel de soixante heures par mois, et Mme B comme esthéticienne au sein de la société Cosy Beauty depuis septembre 2022 dans le cadre d'un contrat à temps partiel de huit heures hebdomadaires, eu égard à la faible ancienneté de leur activité professionnelle, à la faible durée de travail mensuelle, et enfin aux faibles revenus générés par ces activités professionnelles, les requérants ne justifient pas d'une insertion professionnelle suffisante en France, justifiant la délivrance d'un titre de séjour salarié. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet du Val d'Oise a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre de la vie privée et familiale ni méconnu ces dispositions.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. Si les requérants soutiennent que le déracinement et le renvoi de leurs enfants vers C sera grandement préjudiciable à leur développement et de nature à compromettre leur éducation en méconnaissance des dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant précitées, il est constant que leur présence en France est récente et leurs enfants sont jeunes et le plus âgé d'entre eux est allé à l'école en Allemagne. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
10. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses arrêtés sur la situation personnelle des requérants doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. Les requérants n'invoquent aucun argument distinct de ceux énoncés à l'encontre des décisions portant refus de séjour propre à faire ressortir que les décisions les obligeant à quitter le territoire français méconnaitraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ou seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation. Il s'ensuit que ces moyens doivent être écartés par les motifs qui ont été opposés aux mêmes moyens articulés contre les décisions de refus de titre de séjour.
12. Il résulte de ce qui précède que les requêtes présentées par Mme B et M. D doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme B et M. D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, M. E D et au préfet du Val-d'Oise.
Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Mme Beauvironnet, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
E. Chaufaux
La présidente,
S. EdertLa greffière,
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 et 2406383