Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406386

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406386
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, ressortissant turc, contestant l'arrêté du préfet du Val-d'Oise refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'insuffisance de motivation, la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, et l'erreur manifeste d'appréciation, étaient soit inopérants, soit manifestement infondés. La solution retenue est le rejet de la requête par ordonnance, sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 mai et 26 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Erol, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* s'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle, le préfet s'étant, en outre, crû à tort en situation de compétence liée pour refuser de renouveler son titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

* s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, le préfet s'étant, en outre, crû à tort en situation de compétence liée pour édicter la mesure d'éloignement contestée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc né le 14 novembre 1983, demande l'annulation de l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () / 7°

Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. / () ".

Sur le moyen relatif à la décision portant refus de séjour :

3. M. A soutient que la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il a signé un contrat de travail le 16 mai 2024, avec une entreprise ayant formulé une demande d'autorisation de travail le 25 mai 2024. Ces circonstances sont postérieures à la décision attaquée du 8 avril 2024, de sortes qu'elles sont sans incidence sur sa légalité. Le moyen est donc inopérant.

Sur les moyens communs aux décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme C, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature consentie à cet effet par un arrêté du préfet n°23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de ces décisions est manifestement infondé.

5. En deuxième lieu, les décisions attaquées, qui n'avaient pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation de l'intéressé, comportent précisément les considérations de droit et de fait qui en constituent les fondements. Elles répondent ainsi aux exigences posées par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, lesquelles s'apprécient indépendamment du bien-fondé des motifs retenus. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elles seraient insuffisamment motivées est manifestement infondé. Eu égard au caractère circonstancié de leur motivation, le moyen tiré de ce que les décisions en cause seraient entachées d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant est également manifestement infondé. Il en est de même du moyen tiré de ce que le préfet se serait cru en situation de compétence liée pour édicter les mesures litigieuses.

6. En dernier lieu, M. A soutient que les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, d'une part, il se borne à alléguer une présence régulière en France depuis quinze ans sans apporter à l'appui de cette allégation les éléments susceptibles de venir à son soutien. D'autre part, s'il prétend disposer de l'ensemble de ses attaches en France, cette affirmation n'est pas assortie des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, alors que le préfet a relevé que l'intéressé était célibataire et sans charge de famille. Les moyens sus-analysés ne peuvent donc qu'être écartés.

Sur le moyen relatif à la décision fixant le pays de destination :

7. Il suit de ce qui vient d'être dit que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination doit être annulée en raison de l'illégalité affectant la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy-Pontoise, le 9 août 2024.

Le président de la 2ème chambre,

signé

C. HUON

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.