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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2406465

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406465

vendredi 14 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantYOMO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 mai 2024 et 15 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Yossey-Bobor, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences que la décision emporte sur sa situation personnelle ;

- le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur de droit en ajoutant une condition non prévue par l'article de 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- il a commis une erreur de droit en examinant sa demande au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'était pas le fondement de sa demande ;

- il a commis une erreur de droit en examinant sa demande au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'était pas le fondement de sa demande ;

- il a méconnu l'article 10 du décret n° 95-436 du 14 avril 1995 et l'étendue de ses compétences.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- en fixant le délai de départ volontaire à trente jours, le préfet du Val-d'Oise a méconnu les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un courrier du 3 juin 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de ce que l'instruction était susceptible d'être close à compter du 20 juin 2024.

Par une ordonnance du 16 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Des pièces présentées par le préfet du Val-d'Oise ont été enregistrées le 13 août 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme L'Hermine, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante ivoirienne née le 1er novembre 2005, est entrée en France le 14 septembre 2022 sous couvert d'un visa " mineur scolarisé " valable du 23 août 2022 au 21 octobre 2023. Le 28 décembre 2023, elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes. Par un arrêté du 3 avril 2024, dont Mme A demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

3. La décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants () ".

5. Mme A a sollicité un titre de séjour portant la mention " étudiant " en présentant, à l'appui de sa demande un certificat d'inscription pour une formation au brevet de technicien supérieur " Gestion de la PME " qui se déroule à distance via l'accès à une plateforme. Un tel enseignement ne nécessite pas le séjour en France de l'étranger qui désire le suivre. Par suite, en refusant de renouveler la carte de séjour de Mme A au motif qu'elle était inscrite à une formation dispensée à distance, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur de droit. Le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est loisible au préfet d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Il peut, en outre, exercer le pouvoir discrétionnaire qui lui appartient, dès lors qu'aucune disposition expresse ne le lui interdit, de régulariser la situation d'un étranger en lui délivrant le titre qu'il demande ou un autre titre, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, dont il justifierait.

7. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise, après avoir examiné la demande de Mme A au regard de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, a examiné d'office, si la requérante pouvait prétendre à un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'il lui est loisible d'y procéder. Par suite, en examinant d'office le droit au séjour de la requérante au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Val-d'Oise n'a ni méconnu l'étendue de ses compétences ni commis d'erreur de droit. Le moyen doit être écarté.

8. D'autre part, si Mme A fait valoir qu'elle suit une formation en France, a occupé un poste de secrétaire à compter du mois de mars 2024 pour une durée de deux mois, et que sa famille l'aide financièrement et l'héberge, ces circonstances ne sont pas, à elles seules, de nature à caractériser une erreur manifeste d'appréciation du préfet du Val-d'Oise dans la mise en œuvre de son pouvoir de régularisation. Le moyen doit dès lors être écarté.

9. En quatrième lieu, en se bornant à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a méconnu les stipulations de l'article 10 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, elle n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. "

11. Si l'intéressée fait valoir qu'elle suit une formation à distance en France, a occupé un poste de secrétaire à compter du mois de mars 2024 pour une durée de deux mois, et que sa famille l'aide financièrement et l'héberge, ces éléments ne sont pas de nature à faire regarder le délai de départ volontaire de trente jours comme n'étant pas approprié à sa situation personnelle. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne prévoyant pas une durée de départ volontaire supérieure à trente jours ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président ;

Mme Mettetal-Maxant, première conseillère ;

Mme L'Hermine, première conseillère ;

Assistés de Mme Pradeau, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.

La rapporteure,

signé

M. L'HermineLe président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

A. Pradeau

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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