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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2406493

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406493

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406493
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGUELTAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces enregistrés les 6 mai et

20 mai 2024, M. A B, représenté par Me Gueltas, avocate désignée d'office, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une attestation de demande d'asile, ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Gueltas en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que l'arrêté de transfert :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est entaché d'erreurs de droit et manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 746-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article

17 du règlement n° 604/2013 ;

- méconnait les dispositions de l'article 3 du règlement n° 604/2013 ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier.

Il indique confirmer son arrêté et communique l'ensemble des pièces utiles en sa possession.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement CE n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. d'Argenson, vice-président, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique du 21 mai 2024 :

- le rapport de M. d'Argenson, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Gueltas, avocate désignée d'office, représentant M. B, non présent, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 20 juillet 1997 a présenté une demande d'asile en France le 13 mars 2024. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé que les empreintes de l'intéressé avaient été enregistrées par les autorités croates préalablement au dépôt de sa demande d'asile. Les autorités croates, saisies le 14 mars 2024 d'une demande de prise en charge de M. B, en application des dispositions du b de l'article 18-1 du règlement CE n° 604/201, ont accepté implicitement la requête du préfet. Par un arrêté du 24 avril 2024, notifié le même jour, le préfet du Val-d'Oise a décidé le transfert de M. B aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par un arrêté n°23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme C D, cheffe de la section asile de la préfecture du Val-d'Oise, à l'effet de signer " toute décision de transfert d'un demandeur d'asile fondée sur l'application du règlement Dublin III " en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration ou de son adjointe. Il n'est pas établi ni même soutenu que ces derniers n'étaient ni absents ni empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. Si M. B soutient que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 746-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cet article est inexistant.

4. Aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. [] 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. [] ". La faculté laissée à chaque État membre, par l'article 17 de ce règlement, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

5. Le requérant soutient qu'il est en situation de vulnérabilité psychologique et qu'il souffre de traumatismes psychologiques graves à la suite des mauvais traitements qu'il a subis en Turquie et pendant son voyage ce qui requièrent des soins et des membres proches de sa famille qui lui font défaut en Croatie. Toutefois, s'il se prévaut de la présence en France d'un oncle et de cousins, il n'établit ni la réalité de ces allégations ni l'intensité de ses éventuels liens familiaux et n'apporte aucun élément relatif à sa situation médicale. Ainsi, en ne mettant pas en œuvre la clause discrétionnaire, le préfet n'a pas méconnu l'article 17 du règlement ni commis d'erreur manifeste d'appréciation. Dès lors il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées.

6. Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 - Accès à la procédure d'examen d'une demande de protection internationale : " () / 2. Lorsqu'aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen. / () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / (). ".

7. L'intéressé n'établit pas, par ses seules allégations sur la situation des demandeurs d'asile en Croatie qu'il aurait été ou serait exposé dans ce pays à un risque de traitement inhumain et dégradant. Si la Croatie a accepté de reprendre en charge le requérant, il n'est pas démontré que les autorités de cet État, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne procèderont pas à un examen sérieux et attentif de sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, ni même encore que les autorités croates n'évalueront pas les risques réels et actuels de mauvais traitements, qui naîtraient pour lui du fait de son éventuel retour en Turquie. Par suite, en décidant de prononcer le transfert de

M. B vers la Croatie, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu les textes précités et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Les allégations du requérant selon lesquelles il dispose d'attaches familiales stables et intenses sur le territoire français ne sont pas démontrées et ne sont pas de nature à établir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale. Par suite, le préfet du Val d'Oise n'a pas méconnu les stipulations précitées ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en prenant l'arrêté attaqué. Ce moyen doit ainsi être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de

M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gueltas et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 23 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

P.-H. d'Argenson La greffière,

signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406493

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