vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2406503 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SOUIDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 6 mai 2024 et le 18 juin 2024, Mme A, représentée par Me Souidi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans :
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du Code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait l'article 6 de la directive n°2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;-il est contraire aux article 3-1, 23 et 24 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
-il est contraire à l'article 24 du pacte international relatif aux droits civils et politiques
-il est contraire à l'article 7 de la convention relative aux droits des personnes handicapées ;
Par un mémoire en défense enregistré le 11 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le pacte international relatif aux droits civils et politiques ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le Président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience du 19 juin 2024 :
- le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;
- les observations de Me Lopez substituant Me Souidi, représentant Mme A, présente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre que la décision en litige est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, qu'elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; que la décision refusant a la requérante le bénéfice d'un délai de départ volontaire est disproportionnée dès lors que, contrairement à ce que mentionne le préfet, elle n'a pas déclaré qu'elle n'exécuterait pas la décision l'obligeant à quitter le territoire français si une telle décision devait être prise à son encontre ;
- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante algérienne née le 5 juillet 1982, est entrée sur le territoire munie d'un visa court séjour à destination de l'Espagne. Par un arrêté du 3 mai 2024, dont Mme A demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment au regard des éléments énoncés au point précédent, que le préfet des Hauts-de-Seine aurait insuffisamment examiné la situation de la requérante. A cet égard, si la requérante fait valoir qu'elle serait entrée en France en 2021 et non en 2022 et que le préfet aurait mentionné à tort que " les membres de sa famille sont en situation irrégulière en France " alors que ses parents et ses frères et sœurs résident régulièrement en France, d'une part, l'intéressée n'établit pas la date de son entrée en France et, d'autre part, dans les motifs de l'arrêté attaqué la référence aux membres de la famille de l'intéressée concerne sa " cellule familiale ", composée de son époux et de ses enfants, et non d'autres liens de parentés avec des personnes résidant régulièrement en France. Enfin, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait cru en situation de compétence liée pour obliger la requérante à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux et de la méconnaissance de l'article 6 de la directive du 16 décembre 2008 qui, en tout état de cause, a été intégralement transposée en droit interne et ne peut en conséquence être utilement invoquée, doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la Convention de New York en date du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
5. En l'espèce, Mme A soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, dès lors qu'elle est présente sur le territoire depuis 2021 et que résident sur le territoire son époux, ses 4 enfants, dont l'une souffre de handicap, ainsi que plusieurs membres de sa famille en situation régulière. Toutefois, si Mme A établit la présence en France de membres de sa famille, ces éléments sont insuffisants à eux seuls pour se prévaloir de liens personnels intenses et stables sur le territoire français, alors que la requérante, dont le séjour est récent, n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécue jusqu'à l'âge de 39 ans au moins et ne démontre aucune insertion sociale ou professionnelle alors que son époux est lui-même en situation irrégulière sur le territoire. En outre, si Mme A produit des documents relatifs au handicap de sa fille, elle n'établit pas en quoi il ferait obstacle à une mesure d'éloignement. Par ailleurs, si la requérante soutient que ses enfants sont scolarisées en France depuis plusieurs années, il ressort des pièces du dossier que cette scolarisation est récente et que Mme A n'établit pas en quoi sa cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans son pays d'origine. Enfin, l'intéressée ne conteste pas les termes de l'arrêté attaqué selon lesquels elle a séjourné en France de manière irrégulière et n'a jamais effectué de démarches tendant à la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant la décision attaquée n'ayant ni pour objet ni pour effet de séparée l'intéressée de ses enfants, l'article 23 de cette même convention, qui ne crée des obligations qu'entre Etats, ne pouvant quant à lui, être utilement invoqué. Enfin, la requérante n'établit pas en quoi l'arrêté contesté serait contraire à l'article 24 du pacte international relatif aux droits civils et politiques qui prohibe toute forme de discrimination envers les enfants mineurs qu'elle soit fondée sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, l'origine nationale ou sociale, la fortune ou la naissance.
Sur la décision refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire :
6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;() 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;(). ".
7. Si Mme A soutient qu'elle n'a nullement déclaré, lors de son audition par les services de police, ne pas vouloir se conformer à l'obligation de quitter le territoire français dont elle pourrait faire l'objet, elle ne conteste pas, en tout état de cause, l'autre motif retenu par le préfet pour lui refuser un délai de départ volontaire tiré de ce qu'elle s'est maintenue sur le territoire au-delà de la durée de validité de son visa sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qui justifie à lui seul la décision attaquée. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024
Le magistrat désigné,
signé
F. Beaufaÿs La greffière,
signé
Z. Bouayyadi
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026