Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406616

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406616
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise refusait un titre de séjour à M. A, ressortissant pakistanais, et l'obligeait à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que le préfet avait commis un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant, notamment en ne tenant pas suffisamment compte de son activité professionnelle en tant que peintre entre 2018 et 2020. Cette annulation entraîne celle des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de M. A dans un délai de deux mois, sans astreinte, et a mis à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mai 2024, M. B A, représenté par Me Bulajic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'erreurs de fait tant sur la date de dépôt de sa demande de titre de séjour que sur le fondement de cette demande ;

- le préfet du Val-d'Oise s'est cru à tort, lié par l'avis défavorable rendu le 30 janvier 2024 par la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier du requérant.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Edert présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Bulajic, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais né le 10 septembre 1985 déclare être entré en France le 10 septembre 2015 démuni de tout visa. Le 31 mars 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté du 3 avril 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

3. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée.

4. Il ressort de l'arrêté attaqué, que si M. A n'a pas sollicité l'examen par le préfet du Val-d'Oise de sa situation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce dernier, ainsi qu'il lui était loisible de le faire, a examiné sa situation sur ce fondement. Toutefois, il est constant que l'autorité préfectorale, si elle a, à raison retenu qu'une durée de séjour depuis 2015 ne pouvait être regardée comme suffisante pour justifier la délivrance d'un titre de séjour salarié, il ressort des pièces du dossier que M. A a également travaillé, en qualité de peintre, à temps complet, d'abord pour la société DATA RENOV entre le 2 mars 2018 et le 28 février 2018, puis pour la société ISODECOR entre le 17 juillet 2019 et le 31 août 2020 et qu'il produit les bulletins de paie correspondant. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour en litige est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler la décision portant refus de titre de séjour et, par voie de conséquence, les décisions du même jour, portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en l'annulation de M. A de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 3 avril 2024 doivent être accueillies.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que la situation de M. A soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de statuer à nouveau sur la demande de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'ordonner une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 3 avril 2024 est annulé.

Article 2 :Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la demande de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Beauvironnet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024

La présidente-rapporteure,

S. Edert L'assesseure la plus ancienne

E. Chaufaux

La greffière,

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24066162