Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406690
mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2406690 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SNITSAR |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 mai 2024, M. C A, représenté par Me Snitsar, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- ces décisions ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles portent atteinte au droit au procès équitable, à la présomption d'innocence et au principe de séparation des pouvoirs garantis par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un courrier du 3 juin 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de ce que l'instruction était susceptible d'être close à compter du 20 juin 2024.
Par un mémoire du 6 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par une ordonnance du 9 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.
Une note en délibéré présentée pour le requérant a été enregistrée le 23 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme L'Hermine, conseillère ;
- les observations de Me Snitsar, avocate de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant roumain né le 22 février 1990, est entré en France en août 2013 selon ses déclarations. À la suite de son interpellation et de son placement en garde à vue le 7 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a pris à son encontre, le 7 mai 2024, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et lui interdisant de circuler sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme B, chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 2024-17 du 8 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, à l'effet de signer toutes décisions portant obligation de quitter le territoire français et les décisions d'interdiction de circulation sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, si le requérant soutient que l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de circulation sur le territoire français prononcées à son encontre méconnaissent le principe de la présomption d'innocence, le droit au procès équitable, le principe de séparation des pouvoirs garantis par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, ces principes ne s'appliquent qu'aux peines et aux sanctions ayant le caractère d'une punition. Or, l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de circulation sur le territoire français prononcées à son encontre sur le fondement des articles L. 251-1 et L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne constituent ni une peine ni une sanction ayant le caractère d'une punition mais une mesure de police administrative. Par suite, le moyen, inopérant, doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. A fait valoir qu'il est arrivé en France en août 2013, que ses quatre enfants et leur mère résident sur le territoire national et que ses enfants y sont scolarisés. Toutefois, M. A ne justifie pas, par les éléments qu'il produit de l'ancienneté de sa présence habituelle en France dès le mois d'août 2013, ni d'ailleurs que la mère de ses enfants, de nationalité ukrainienne, avec laquelle une procédure de divorce est en cours, réside régulièrement sur le territoire français. En outre, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement de l'ordonnance de maintien sous contrôle judiciaire de la vice-présidente chargée de l'instruction du tribunal judiciaire de Paris du 15 janvier 2024, que le requérant est poursuivi pour des faits de proxénétisme à savoir, d'avoir aidé à la prostitution de femmes entre le 1er octobre 2020 et le 28 septembre 2021 en ayant fourni un logement dédié à l'activité prostitutionnelle et en tirant profit des produits de la prostitution, en l'espèce notamment en percevant un loyer mensuel en espèces qu'il savait provenir de cette activité et, a été placé sous contrôle judiciaire dans ce cadre. M. A a, en outre, été placé en garde à vue le 7 mai 2024 pour des faits de violences conjugales puis sous contrôle judiciaire, par une ordonnance de la juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Nanterre du 8 mai 2024, avec l'obligation de résider hors du domicile occupé par la mère de ses enfants et, avec l'interdiction d'y paraître et d'entrer en relation avec son épouse, sauf par écrit pour la garde des enfants. Par les seuls éléments que M. A produits à l'instance, le requérant, qui a quitté le domicile conjugal, n'établit pas qu'il accueillerait ses enfants ou qu'il participerait à leur entretien et à leur éducation. Dans ces circonstances, le préfet des Hauts-de-Seine, en lui faisant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas méconnu ces mêmes stipulations en prononçant à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée d'un an.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Buisson, président ;
Mme Mettetal-Maxant, première conseillère ;
Mme L'Hermine, conseillère ;
Assistés par Mme Pradeau, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
M. L'Hermine
Le président,
signé
L. Buisson
La greffière,
signé
A. Pradeau
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.