Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406768
jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2406768 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées le 13, le 15 mai et le 5 juillet2024, Mme D C, représentée par Me Bulajic, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire national dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle pouvait être reconduite ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen ;
- il est entaché d'une erreur de droit, le préfet s'étant estimé à tort lié par l'avis de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
La clôture de l'instruction a été fixée au 5 juillet 2024.
Un mémoire a été enregistré le 22 juillet 2024 pour le préfet du Val-d'Oise et n'a pas été communiqué.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteuse publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bourragué a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, ressortissante bosnienne née le 26 septembre 1988, est entrée en France en 2018, selon ses déclarations. Elle a sollicité le 15 avril 2022 son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salariée. Par la présente requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. L'arrêté contesté, qui vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, comporte l'indication suffisante des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il ajoute qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée, en faisant état de sa situation personnelle. Par suite, alors même que certaines des mentions sont rédigées à l'aide d'une formule stéréotypée, l'arrêté contesté est suffisamment motivé au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que l'arrêté contesté n'aurait pas été précédé d'un examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressée préalablement à son édiction. Le moyen qui en est tiré doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet, qui a examiné les documents produits par l'intéressée au titre de son insertion professionnelle, se serait exclusivement fondé sur l'avis défavorable de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère pour refuser de l'admettre exceptionnellement au séjour. Le moyen tiré de la compétence liée dans laquelle se serait crue le préfet doit ainsi être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".
7. D'une part, Mme C se prévaut, pour justifier de son admission au séjour sur le fondement de ces dispositions au titre de la vie privée et familiale, de sa présence en France depuis le mois de janvier 2019, des cours de langue, culture et civilisation française qu'elle a suivi au cours de l'année scolaire 2018-2019, de sa vie en couple avec un compatriote et de la naissance de leurs deux enfants sur le territoire français en 2020 et 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que son conjoint est également en situation irrégulière sur le territoire et que Mme C n'établit pas être isolée dans son pays d'origine, ou elle a vécu jusqu'à l'âge de trente ans et dans lequel résident ses parents. En outre, aucun de ses enfants n'était scolarisé à la date de la décision attaquée.
8. D'autre part, Mme C se prévaut d'activités salariées dans le secteur du service, d'un emploi au sein de la société Polyfrance depuis le 17 avril 2019 en tant qu'agent de nettoyage à temps partiel, et d'un second emploi au sein de la société ML Déco entre octobre 2021 et décembre 2022 puis de la société Kayser Pro depuis le 1er mars 2023. Toutefois, si l'intéressée soutient avoir travaillé régulièrement depuis 2019, il ressort des pièces du dossier que cette dernière a travaillé à temps partiel sur l'ensemble de la période considérée. Par ailleurs, Mme C n'établit pas, par la production des bulletins de salaire des années 2019 à 2023, dont une part importante d'entre eux ne comportent pas de versement d'un salaire versé en raison de ses absences, la réalité, la pérennité et la stabilité de ses emplois. Par conséquent, par les éléments produits à l'instance, la requérante ne démontre pas bénéficier d'une expérience professionnelle stable et conséquente sur le territoire pouvant constituer un motif exceptionnel d'admission au séjour.
9. Il résulte de ce qui précède que la requérante, qui ne justifie d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel permettant la délivrance à titre exceptionnelle d'un titre de séjour, n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis une erreur manifeste d'appréciation.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". D'autre part, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 7 et 8, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait, en prenant l'arrêté attaquée, méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, pas plus qu'il n'aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Thobaty, président,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
Le rapporteur,
signé
S. Bourragué Le président,
signé
G. Thobaty
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2406768