Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406771
mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2406771 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 mai 2024, M. D A, représenté par
Me Nunes, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel le préfet de police de Paris a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil,
Me Nunes, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou de lui verser directement cette somme dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ;
- il porte une atteinte disproportionnée à soin droit de mener une vie privée et familiale en France et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à l'égard de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision révélée portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne lui a pas été notifiée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions des articles 6.1°, 3.2° et 4° de la directive n° 2008/115/CE.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2024 le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé et transmet les pièces utiles du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Dussuet, président du tribunal. Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant algérien né le 27 février 2000, est entré sur le territoire français le 13 mai 2023 sous couvert d'un visa de court séjour à destination de l'Espagne valable du 11 avril 2023 au 10 mai 2023. Le 30 avril 2024, le préfet de police de Paris a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 75-2023-675 du 29 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police de Paris a donné à M. B C, adjoint au chef de la division des reconduites à la frontière, délégation à l'effet de signer les décisions relatives à la police des étrangers, dans la limite de ses attributions, en cas d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi, ni même allégué qu'elles n'aient été empêchées ou absentes. Le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers, et en particulier des termes même des décisions attaquées, que le préfet ne se serait pas livré à un examen particulier de sa situation avant de prendre l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de M. A doit être écarté.
5. Contrairement à ce que M. A soutient, le préfet de police, qui avait par ailleurs entré le nom de M. A sur la base de données VISABIO, n'a pas entaché son arrêté d'une erreur de fait ou d'une erreur de droit en estimant qu'il était entré sur le territoire français sans passeport ni visa, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré sur le territoire français le 13 mai 2024, soit trois jours après l'expiration de son visa. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. A, célibataire sans charge de famille, qui a vécu l'essentiel de sa vie en Algérie, soutient sans plus de précisions que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations précitées. Toutefois, ce moyen qui n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bienfondé ne peut qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, si M. A demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police de Paris aurait refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'arrêté litigieux ne comporte pas, en tout état de cause, une telle décision. Il s'ensuit que les moyens dirigés contre une décision inexistante ne peuvent en tout état de cause qu'être écartés.
9. En sixième et dernier lieu, à supposer que M. A, qui bénéficie d'un délai de départ volontaire de trente jours, ait entendu soulever le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il doit donc être écarté.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sans qu'il y ait lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
D E C I D E :
Article 1er : M. A n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
Le président du tribunal,
Signé
J-P. DussuetLa greffière,
Signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision