Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406840

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406840
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise rejette la requête de Mme B A, qui contestait la décision de la commission de médiation des Hauts-de-Seine refusant de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement. La requérante invoquait l’inadaptation de son logement à son état de santé, l’humidité et l’insuffisance de surface pour ses enfants. Le juge, statuant seul sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, a estimé que les moyens soulevés étaient manifestement insusceptibles de venir au soutien de la requête ou ne comportaient pas les précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé. La décision applique les dispositions des articles L. 300-1, L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l’habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 6 mai et 17 juin 2024, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 27 mars 2024 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement.

Elle soutient que :

- elle occupe un logement situé au quatrième étage d'un immeuble sans ascenseur, ce qui aggrave son état de santé au quotidien ;

- le logement qu'elle occupe est humide et présente des traces de moisissures ;

- le logement qu'elle occupe ne comporte qu'une chambre pour ses deux enfants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours () peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ". Aux termes de l'article R. 772-6 du même code : " Une requête de première instance ne peut être rejetée pour défaut ou pour insuffisance de motivation, notamment en application du 7° de l'article R. 222-1, qu'après que le requérant a été informé du rôle du juge administratif et de la nécessité de lui soumettre une argumentation propre à établir que la décision attaquée méconnaît ses droits et de lui transmettre, à cet effet, toutes les pièces justificatives utiles. / S'il y a lieu, le requérant est ainsi invité à régulariser sa requête dans le délai qui lui est imparti et dont le terme peut être fixé au-delà de l'expiration du délai de recours. Il est informé qu'à défaut de régularisation les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7. ".

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux () ". L'article L. 441-2-3 du même code dispose que : " () II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () ". Ces dispositions sont précisées par celles de l'article R. 441-14-1 du même code, qui disposent que : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement () en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : () /--être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; () /- être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

4. Par sa décision attaquée en date du 27 mars 2024, la commission de médiation des Hauts-de-Seine a rejeté le recours présenté par Mme A comme irrecevable, au motif que l'intéressée n'avait pas fourni, malgré les demandes du service instructeur en date du 29 janvier 2024, les pièces justificatives de sa situation, à savoir un justificatif de sa situation familiale, la copie recto-verso d'une pièce d'identité de chacune des personnes à loger, la copie des pièces justificatives des ressources mensuelles de la requérante et des personnes composant le foyer, ainsi qu'un document justifiant du handicap de la requérante. La commission de médiation a également opposé à la requérante le fait qu'elle n'était pas logée dans un logement de transition, dans une structure d'hébergement ou encore dans un local impropre à l'habitation, que son logement ne présentait pas un caractère insalubre, que l'instruction avait fait apparaitre des incohérences quant à sa composition familiale, et enfin que Mme A ne démontrait pas le caractère inadapté de son logement actuel à sa situation, le caractère d'urgence n'étant dès lors pas avéré.

5. A l'appui de son recours, Mme A produit les pièces justificatives qui lui avaient été réclamées par la commission de médiation dans son courrier en date du 29 janvier 2024 et soutient que le logement qu'elle occupe n'est pas adapté à son état de santé puisque situé au quatrième étage d'un immeuble sans ascenseur, qu'il est par ailleurs sujet à l'humidité et aux moisissures, et enfin que son agencement n'est pas adapté à sa situation dès lors qu'il ne comporte qu'une chambre pour ses deux enfants. Toutefois, ce faisant, la requérante, qui n'établit, ni même n'allègue, ne pas avoir reçu les demandes de pièces formulées par la commission de médiation ou, encore, avoir donné suite à ces demandes, ne conteste aucun des deux motifs de rejet pour irrecevabilité de son recours amiable opposés par la commission de médiation des Hauts-de-Seine dans sa décision et tirés de l'incomplétude de son dossier et des incohérences constatées dans la composition de la cellule familiale. Au surplus, la circonstance que le logement occupé ne comporterait que deux chambres alors que Mme A a deux enfants à charge, un garçon et une fille, nés en 2002 et 2006, n'est pas de nature, en l'absence de tout élément concret résultant d'une situation particulière du ménage imposant une configuration spécifique des lieux a attester du caractère inadapté du logement. Enfin, Mme A ne conteste pas sérieusement le motif, de fond, tiré de ce qu'il ne serait pas démontré que son logement serait impropre à l'habitation et inadapté à son handicap en produisant des photographies de traces d'humidités et une fiche de signalement remplie par ses soins, sans justifier non plus du défaut d'équipement en ascenseur de l'immeuble dans lequel elle réside.

6. Par suite, la requête de Mme A n'étant assortie que de moyens inopérants, non assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé ou encore assortis de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien, il y a lieu de la rejeter en application des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. La présente ordonnance ne fait cependant pas obstacle à ce que Mme A saisisse à nouveau la commission de médiation des Hauts-de-Seine en produisant ,à l'appui de son recours, toutes les pièces justificatives utiles relatives à sa situation.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 19 septembre 2024.

La vice-présidente,

Signé

H. Lepetit-Collin

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.