Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407015
mercredi 31 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2407015 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BOUDI |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 mai 2024, M. B A, représenté par Me Boudi, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 18 avril 2024, par lequel le directeur général de la police nationale a prononcé la révocation de ses fonctions ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de le réintégrer provisoirement dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'arrêté a pour effet de porter atteinte à ses conditions d'existence, alors qu'il doit subvenir aux besoins de sa famille et qu'il doit rembourser deux emprunts bancaires, en outre, sa réintégration ne vient pas compromettre le bon fonctionnement du service ;
- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
* il est insuffisamment motivé ;
* il est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;
* il est entaché d'un vice de procédure eu égard à la tenue de la commission administrative paritaire réunie en formation disciplinaire ainsi que l'irrégularité de sa composition ;
* il méconnait les droits de la défense dès lors qu'il ne lui a jamais été notifié l'existence de son droit de se taire devant la commission de discipline, le privant d'une garantie ;
* il est entaché d'une erreur de fait dès lors que le directeur général de la police nationale s'est appuyé sur des témoignages anonymes non soumis au contradictoire ;
* la sanction disciplinaire présente un caractère disproportionné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Vu :
- la requête n° 2407307, enregistrée le 16 mai 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté attaqué ;
- l'ordonnance n° 2411763/5-4 du 15 mai 2024 de la juge des référés du tribunal administratif de Paris ;
- l'ordonnance n° 2411757/5-1 du 4 juin 2024 du président de la 5ème section du tribunal administratif de Paris ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 10 juin 2024 à
9 heures 30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience ;
- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;
- les observations de Me Perdereau, substituant Me Boudi, représentant M. A, requérant, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, en précisant ses écritures ;
- et les observations de M. C, chef du bureau du contentieux statutaire et de la protection juridique des fonctionnaires, et de M. D, consultant au sein du bureau du contentieux statutaire et de la protection juridique des fonctionnaires de la direction des libertés publiques et des affaires juridiques du ministère de l'intérieur et des outre-mer, ayant reçu pouvoir pour présenter des observations orales, qui confirment leurs écritures et demandent, en outre, à surseoir à statuer en attendant la décision du Conseil d'Etat saisi d'une question prioritaire de constitutionalité relative au droit de se taire en matière de sanction disciplinaire d'un agent public.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a intégré la police nationale en 2007 et a été nommé brigadier-chef le 1er janvier 2022. Il a été placé en garde à vue, en janvier 2023, dans le cadre d'une information ouverte par le procureur de la République de Paris et a été mis en examen, en février 2023, de cinq chefs d'infractions pénales. Il a obtenu une ordonnance de modification de son contrôle judiciaire l'autorisant à travailler, le 10 novembre 2023. Le 1er octobre 2023, il a été convoqué devant la commission administrative paritaire interdépartementale à l'égard des fonctionnaires du corps d'encadrement et d'application de la police nationale, siégeant en formation disciplinaire. Elle s'est ensuite réunie, le 16 novembre 2023, en formation disciplinaire A l'issue du conseil de discipline, M. A a fait l'objet d'un arrêté de suspension administratif en date du 8 décembre 2023 avec maintien du traitement indiciaire, dans l'attente que le directeur général de la police nationale se positionne définitivement sur la sanction disciplinaire. Par un arrête en date du 18 avril 2024, le directeur général de la police nationale a prononcé la révocation de M. A de ses fonctions. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.
4. Pour caractériser l'urgence qu'il y a à suspendre l'exécution de l'arrêté litigieux, le requérant se borne à soutenir qu'il le prive de ses ressources alors qu'il élève ses trois enfants aux côtés de sa conjointe qui ne travaille pas et bénéficie de l'aide de retour à l'emploi pour un montant de 1 260 euros par mois. Toutefois, si M. A se prévaut de ce qu'il a deux emprunts à rembourser, des frais de scolarité pour ses enfants à régler et des frais de mutuelle, il n'établit pas la réalité de l'ensemble de ses charges et ne démontre pas qu'il ne pourrait pas percevoir une allocation de retour à l'emploi dans l'attente de la décision au fond, lui permettant de faire face à ses charges courantes. Par ailleurs, eu égard à l'atteinte à la réputation de la police nationale, d'une part, et au lien de confiance entre agents, d'autre part, qu'est susceptible de provoquer la suspension de la mesure attaquée, compte tenu de la nature et de la gravité des faits reprochés à M. A, qui fait l'objet d'une mise en examen depuis le 1er février 2023, des chefs de corruption passive, détournement de la finalité de fichiers de police, de menaces de mort avec ordre de remplir une condition, d'abus d'autorité par une personne exerçant une fonction publique, de violation du secret professionnel, et a été placé sous contrôle judiciaire, ce dernier ne démontre pas que la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, qu'en l'absence d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et sans qu'il soit besoin d'examiner s'il existe au regard des moyens invoqués un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ni de surseoir à statuer, qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. A en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Cergy, le 31 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.