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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2407085

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407085

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407085
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantESSONO NGUEMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 mai et le 20 mai 2024, M. C, représenté par Me Essono Nguema, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé de son transfert aux autorités croates responsables de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui remettre un récépissé de demande d'asile en procédure normale dans le délai de quinze jours courant à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Esseno Ngoma, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

M. C soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et résulte d'un examen insuffisant de sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 et l'article 29 du règlement (UE) 603/2013 ;

- il contrevient à l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 faute que la preuve soit apportée que l'entretien individuel ait été réalisé dans les conditions prescrites ;

- il n'est pas établi que les autorités croates aient été régulièrement saisies dans le délai prévu par l'article 23 du règlement (UE) n°604/2013 ;

- en s'abstenant de faire usage des articles 3 et 17 du règlement 604/2013 du 26 juin 2013 le préfet a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté en litige méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier du requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n°603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Charlery conformément à l'article L. 572-5 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 mai 2024 :

- le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée ;

- les observations de Me Esseno Nguema, avocat désigné d'office représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et présente des photographies sur un téléphone portable, prises en mars 2023, à l'appui du moyen nouveau tiré de la méconnaissance de l'article 13-1 du règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- les observations de M. C, assisté de M. A, interprète en langue turque, qui indique appartenir à la minorité religieuse alévie en Turquie, laquelle ne pratique pas les mêmes rituels religieux que la majorité sunnite, raison pour laquelle il a été persécuté, son 2ème prénom révélant son appartenance à cette communauté ; son cousin, M. F D, a fui la Turquie pour les mêmes motifs et l'arrêté de transfert dont il a fait l'objet a été annulé par un jugement du présent tribunal du 17 mai 2024 qu'il produit à l'audience ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

M. C a adressé une pièce complémentaire, enregistrée le 1er juin 2024, postérieurement à la clôture de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc né le 12 mars 2001, a introduit une demande d'asile en France le 14 novembre 2023. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation du fichier " Eurodac " a révélé que l'intéressé avait sollicité l'asile auprès des autorités croates. Ces autorités, saisies le 14 novembre 2023, d'une demande de reprise en charge de M. C sur le fondement de l'article 18-1 b du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ont fait connaître explicitement leur accord le 28 novembre 2023. Par un arrêté en date du 2 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise a décidé de transférer M. C aux autorités croates. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E G, responsable GUDA, cheffe de la section asile/titre de voyage à la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation du préfet de ce département à l'effet de signer " toute décision de transfert d'un demandeur d'asile fondée sur l'application du règlement Dublin III () ", en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de son adjointe, accordée par arrêté n°23-071 du 22 décembre 2023, publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise n°154 du même jour. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative". Il résulte de ces dispositions que, s'agissant d'un étranger ayant, dans les conditions posées par le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, présenté une demande d'asile dans un autre Etat membre et devant, en conséquence, faire l'objet d'une reprise en charge par cet Etat, doit être regardée comme suffisamment motivée la décision de transfert à fin de reprise en charge qui, après avoir visé le règlement, relève que le demandeur a antérieurement présenté une demande dans l'Etat en cause, une telle motivation faisant apparaître qu'il est fait application du b), c) ou d) du paragraphe 1 de l'article 18 ou du paragraphe 5 de l'article 20 dudit règlement.

4. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, notamment le règlement (UE) n°604/2013 relatif aux mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile. Il précise en outre que les données du fichier " Eurodac " ont révélé que l'intéressé avait sollicité l'asile auprès des autorités croates, lesquelles, saisies le 14 novembre 2023 d'une demande de reprise en charge du requérant sur le fondement de l'article 18-1 b) du règlement (UE) n°604/2013, ont explicitement accepté cette demande le 28 novembre suivant. Par ailleurs, l'arrêté mentionne, d'une part, que l'intéressé ne relève d'aucune des clauses dérogatoires prévues par les articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n°604/2013 et, d'autre part, que la mesure de transfert ne contrevient ni à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni à l'article 3 de la même convention, faute pour le requérant d'établir l'existence de risque personnel constituant une atteinte grave au droit d'asile en cas de remise aux autorités croates. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, alors même que le préfet du Val-d'Oise ne retrace pas l'intégralité des éléments de la situation personnelle de M. C portés à sa connaissance, dont il n'est pas tenu de faire état. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

5. En troisième lieu, si M. C soutient que la décision en litige révèle un défaut d'examen de sa situation en ce que le préfet écarte sans explication l'application des articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n°604/2013 susvisé, le moyen ne peut qu'être écarté comme manquant en fait, dès lors que le préfet a examiné la situation de l'intéressé, dont il a considéré que les éléments de fait et de droit qui la caractérisent, et qu'il n'a pas détaillés comme il lui en était loisible, ne justifiaient pas qu'il soit fait application de ces dispositions. Plus généralement, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment aux éléments mentionnés ci-dessus, ainsi qu'à ceux ressortant du compte-rendu d'entretien produit par le préfet du Val-d'Oise, que cette autorité aurait insuffisamment examiné la situation personnelle de M. C. Il suit de là que le moyen tiré d'un tel défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous hypothèse, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les brochures dites " A " et " B ", intitulées " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de ma demande ' " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", qui comprennent l'ensemble des informations devant être communiquées en vertu des dispositions précitées, ont été remises à M. C le 14 novembre 2023, en turc, langue comprise par l'intéressé comme en atteste sa signature apposée sur la première page de chacune des brochures et la demande d'interprète dans cette langue formulée en prévision de l'audience, ainsi que l'assistance apportée par M. A, interprète dans cette langue au cours de l'audience. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que ces brochures lui ont été communiquées dès l'enregistrement de sa demande de protection internationale en France, soit en temps utile avant l'intervention de la décision de transfert litigieuse. Par ailleurs, les mentions portées sur ces documents, revêtus de l'indication de la date de remise et de la signature du requérant, attestent de leur communication intégrale, M. C ayant certifié avoir reçu l'information sur les règlements communautaires au cours de l'entretien qui lui a été accordé le même jour en préfecture. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () /4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

9. Si M. C soutient qu'il n'est pas établi que l'entretien dont il a bénéficié a été mené dans les conditions prévues par les dispositions précitées, le préfet du Val-d'Oise verse à la procédure le compte-rendu de cet entretien. Ainsi, M. C a bénéficié d'un entretien individuel réalisé à la préfecture du Val-d'Oise, le 14 novembre 2023, en langue turque, qu'il comprend, comme établi au point 7 du présent jugement. Le résumé de cet entretien, sur lequel est apposée la signature de M. C, mentionne que l'entretien a été mené par un agent de la préfecture, qui a revêtu le document de ses initiales, ce qui est suffisant pour établir que l'entretien a été mené par une personne qualifiée au sens du droit national. Aucun élément du dossier ne permet d'établir que cet entretien individuel n'aurait pas eu lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Par suite, M. C ne peut soutenir qu'il a été privé d'une garantie. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 13-1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) no 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. ". Et aux termes de l'article 18 du même règlement : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : / a) prendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 21, 22 et 29, le demandeur qui a introduit une demande dans un autre État membre () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que les empreintes de M. C ont été relevées par les autorités croates le 14 mars 2023 et que ces autorités, sollicitées par les autorités françaises le 14 novembre 2023, ont accepté de le reprendre en charge le 28 novembre 2023 sur le fondement de l'article 20-5 du règlement (UE) n°604/2013 précité, en se reconnaissant responsable de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que le préfet du Val-d'Oise a décidé de transférer M. C vers la Croatie.

12. En septième lieu, aux termes de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 visé ci-dessus : " () 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac (" hit "), en vertu de l'article 9, paragraphe 5, du règlement (UE) no 603/2013. / Si la requête aux fins de reprise en charge est fondée sur des éléments de preuve autres que des données obtenues par le système Eurodac, elle est envoyée à l'État membre requis dans un délai de trois mois à compter de la date d'introduction de la demande de protection internationale au sens de l'article 20, paragraphe 2. / 3. Lorsque la requête aux fins de reprise en charge n'est pas formulée dans les délais fixés au paragraphe 2, c'est l'État membre auprès duquel la nouvelle demande est introduite qui est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. () ".

13. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise a renseigné une requête aux fins de reprise en charge de M. C à destination de la Croatie en vue de l'examen de sa demande d'asile en application des dispositions de l'article 18-1 b) du règlement 604/2013 du 26 juin 2013 après que la consultation du fichier Eurodac a révélé, le 14 novembre 2023, que ses empreintes dactyloscopiques avaient été enregistrées dans ce fichier en Croatie le 14 mars 2023 sous les n° HR 1 2303002567J et HR 2 2303002566H. Le préfet du Val-d'Oise justifie la réception électronique de cette requête de la France aux autorités croates par le message versé au dossier généré le 14 novembre 2023 à 11h47 depuis l'adresse "hrdub@nap01.hr.dub.testa.eu", le message indiquant " Dublin office Croatia ", vers une seconde adresse " frdub@nap01.fr.dub.testa.eu ", cette transmission étant intervenue dans le délai prévu au point 1 de l'article 21 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013. Le préfet produit également le message par lequel les autorités croates ont fait connaître leur accord, en date du 28 novembre 2023. Dès lors, le préfet du Val-d'Oise établit la régularité de la procédure de reprise en charge, laquelle a été mise en œuvre dans les formes et les délais prescrits. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de saisine des autorités croates doit être écarté.

14. En huitième lieu, aux termes du paragraphe 2. de l'article 3 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. () ". Et, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. M. C fait valoir que les autorités croates sont confrontées à un afflux massif de migrants et n'ont pas été en mesure de traiter sa demande d'asile. Néanmoins, il n'assortit ces affirmations d'aucune précision susceptible de permettre au juge d'en apprécier la réalité et le bien-fondé. Particulièrement, le requérant n'apporte aucun élément susceptible de laisser penser que sa demande ne pourrait être traitée par les autorités croates dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que la Croatie est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les autorités croates, qui ont accepté la reprise en charge de M. C, n'évalueront pas de manière approfondie les risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Il s'ensuit qu'en décidant de prononcer le transfert du requérant vers la Croatie, et en s'abstenant de faire usage de la clause discrétionnaire, le préfet du Val-d'Oise n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation, au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

16. En neuvième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 susvisé : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ".

17. M. C fait valoir qu'il n'a pu déposer une demande d'asile en Croatie et qu'il est manifeste que son expérience en Croatie justifie pleinement l'application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement susvisé. Cependant, et alors qu'il est constant que l'intéressé a effectivement déposé une demande d'asile en Croatie, ses assertions excessivement générales et imprécises ne sauraient justifier de ce que le préfet du Val-d'Oise aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire application de la clause discrétionnaire aux fins d'écarter l'application des critères de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen de la demande d'asile de M. C. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

18. En dixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () "

19. En se bornant à soutenir que la mesure de transfert qui a été prise à son encontre constitue une " grave violation (de son) droit au respect de sa vie privée et familiale " et qu'il sera éloigné de son frère et de sa sœur se trouvant en France, M. C ne justifie pas la méconnaissance des stipulations précitées qu'il invoque. Au demeurant, il ressort des débats à l'audience que l'intéressé n'est entré en France qu'en mars 2023, et n'y a déposé une demande d'asile que le 14 novembre 2023, soit depuis seulement quelques mois avant l'édiction de la décision en litige. Il ne justifie ni même n'allègue entretenir la moindre relation personnelle ou sociale depuis son entrée en France. Par suite, eu égard à la faible durée et aux conditions de son séjour en France, M. C ne justifie pas de ce que l'arrêté attaqué aurait porté au droit dont il dispose au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais de procédure.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B H C, à Me Essono Nguema et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Charlery La greffière,

Signé

Z. Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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