Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407086
mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2407086 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LANDOULSI |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi n°2310849/12-3 du 23 mai 2023, le président du tribunal administratif de Paris a, sur le fondement de l'article R. 312-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de Mme B, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 15 mai 2023.
Par cette requête, des pièces complémentaires et un mémoire enregistrés au greffe du tribunal le 17 mai, 20, 21 et 25 juin 2024, Mme B, représentée par Me Landoulsi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2023 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2024 le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête. Il soutient que les conclusions dirigées contre le refus de délivrance d'un titre de séjour sont irrecevables et que les autres moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. d'Argenson pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique:
- le rapport de M. d'Argenson, magistrat désigné ;
- les observations de Me Landoulsi, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
- le préfet n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante sri-lankaise née le 11 mars 1996, est entré sur le territoire français le 15 septembre 2019 sous couvert d'un visa au titre du regroupement familial. Elle a bénéficié d'un premier titre de séjour valable jusqu'au 7 décembre 2021. Par un arrêté du 5 mai 2023, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Pour obliger Mme B à quitter le territoire français, le préfet de police s'est fondé sur les circonstances qu'elle était titulaire d'un titre de séjour arrivé à expiration le
7 décembre 2021 et qu'elle n'avait pas sollicitée de renouvellement dans les délais. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme B, a entrepris des démarches de renouvellement de son titre de séjour comme le démontre ses différents récépissés de demande de carte de séjour entre le 10 février 2022 et le 30 novembre 2022 et l'accusé réception des pièces nécessaires à l'examen de son dossier. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir qu'en prenant à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français, le préfet de police a procédé à un examen insuffisant de sa situation.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 5 mai 2023 par laquelle le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, elle est également fondée à demander l'annulation de la décision fixant le pays à destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. La présente annulation n'appelle aucune mesure d'injonction.
Sur les frais de l'instance :
5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à Mme B d'une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté susvisé du préfet de police du 5 mai 2023 est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
P-H. d'ArgensonLa greffière,
Signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
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