Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407287

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407287
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant béninois, qui contestait l'arrêté du préfet du Val-d'Oise refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire, de défaut de motivation et de défaut d'examen sérieux de la situation. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes d'annulation et d'injonction, sur la base des articles L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 mai 2024 et le 16 septembre 2024, M. B, représenté par Me Krid, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a obligé à remettre son passeport ou tout autre document d'identité ou de voyage à l'autorité administrative ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision l'obligeant à remettre son passeport :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant béninois né le 6 mars 1985, est entré sur le territoire français, muni d'un visa de long séjour " étudiant ", le 18 octobre 2018. Il a bénéficié de trois titres de séjour en qualité d'étudiant, dont le dernier expirait le 15 octobre 2023 et dont il a demandé le renouvellement le 11 septembre 2023. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a obligé à remettre son passeport ou tout autre document d'identité ou de voyage à l'autorité administrative.

Sur les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

2. En premier lieu, par arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme A C, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement de la préfecture, à l'effet de signer toutes décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français avec fixation d'un pays de destination et obligation de remise du passeport. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit, notamment le visa de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile contrairement à ce que soutient le requérant, et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, en conséquence, suffisamment motivées.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen dont ces décisions seraient entachées ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies. À cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

7. Pour refuser à M. B le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", le préfet a retenu une absence de poursuite réelle et sérieuse des études dès lors qu'il n'a obtenu aucun résultat probant depuis plusieurs années en tant qu'il s'est présenté deux fois à l'examen d'accès au centre régional de formation professionnelle d'avocats sans succès et qu'il présente à nouveau le même examen au titre de l'année 2023/2024. Si M. B soutient que cet examen est extrêmement sélectif dès lors que seuls 20 à 30 % des candidats sont reçus, qu'il justifie de la réussite d'un master 1 " Droit international " au titre de l'année 2019/2020 et d'un mastère 2 " Droit de la propriété intellectuelle et numérique " au titre de l'année 2020/2021, qu'il est assidu dans le cadre de ses études et qu'il a payé une préparation privée onéreuse pour la préparation de cet examen, il ne ressort pas des pièces produites qu'il justifie d'une progression dans la préparation de cet examen au regard notamment des notes obtenues lors de ses deux précédentes tentatives infructueuses. Dès lors, faute de démontrer une progression dans ses études, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise, en refusant de renouveler son titre de séjour, aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché à cet égard sa décision d'une erreur d'appréciation.

8. En second lieu, M. B se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis plus de cinq, de sa réussite à un master 1 et à un mastère 2, de son absence de trouble à l'ordre public, de son activité professionnelle pendant la crise sanitaire, des attestations de plusieurs ressortissants français et de son engagement pour la cause du handicap. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche salle qu'il a signée le 17 novembre 2023, que M. B est célibataire et père d'un enfant mineur résidant dans son pays d'origine. De plus, il ressort des pièces du dossier que son activité professionnelle est résiduelle puisqu'il a été recruté en qualité de vacataire au service handicap et accessibilité par l'université de Paris Nanterre pour cinq mois, de février à juin 2019, qu'il dispose d'un contrat à durée indéterminée depuis le 21 novembre 2020 à temps extrêmement partiel en qualité de " caissier " pour lequel il produit des bulletins de salaire du 1er juin 2023 au 31 août 2023 et qu'il dispose d'un contrat à durée indéterminée en qualité de " assistant de vie adulte " depuis le 2 novembre 2021 avec une durée de travail extrêmement faible eu égard aux bulletins de salaire produits du 1er mai 2023 au 31 juillet 2023. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour sollicité par l'intéressé n'est pas illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écartée.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement que si M. B se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis plus de cinq et des attestations de plusieurs ressortissants français, il est célibataire et père d'un enfant mineur résidant dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet, en l'obligeant à quitter le territoire français, a méconnu les stipulations précitées et entaché la décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. En troisième lieu, ne saurait davantage être accueilli, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché ses décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

Sur la décision portant obligation de remise de son passeport :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour sollicité par l'intéressé n'est pas illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de remise de son passeport, doit être écartée.

14. En second lieu, si M. B soutient que la décision l'obligeant à remettre son passeport aux autorités est disproportionnée dès lors que les services préfectoraux connaissent son domicile, qu'il n'a jamais tenté de fuir, qu'il est régulièrement inscrit à l'université et que son entourage atteste de sa bonne morale, il ne se prévaut toutefois d'aucune sujétion ou difficulté particulière l'empêchant de se conformer à l'obligation qui lui a été faite de se présenter aux services de la préfecture afin de justifier de ses diligences dans la préparation de son départ. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la mesure de surveillance contestée, prise en vue d'assurer l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre, est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à son conseil Me Krid et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, et Mmes Gay-Heuzey et Lusinier, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

A. GAY-HEUZEY

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière