Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407407

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par M. A, ressortissant congolais, afin d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de l'enregistrer pour le renouvellement de sa carte de résident et de lui délivrer un récépissé. Le tribunal a écarté l'exception de non-lieu soulevée par le préfet, faute de preuve d'un enregistrement effectif et de délivrance d'un récépissé à la date de l'ordonnance. Il a jugé que la demande était urgente et utile, car l'expiration du titre de séjour plaçait M. A en situation irrégulière, le privant de ses droits sociaux et du droit au travail. En application des articles L. 521-3 du code de justice administrative et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le tribunal a enjoint au préfet de convoquer M. A sous huit jours pour enregistrer sa demande et lui remettre un récépissé, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 24 mai 2024, M. B A, représenté par Me Grégoire, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de le convoquer aux fins d'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de sept jours à compter de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que son titre de séjour a expiré le 9 février 2024, qu'il se trouve placé en situation irrégulière et ne peut plus bénéficier de ses droits sociaux et de son droit au travail ;

- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'un rendez-vous en préfecture est nécessaire au renouvellement de son titre de séjour et pour obtenir un récépissé de demande de renouvellement ;

- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer dès lors que sa demande titre de séjour a été enregistrée le 7 juin 2024 et qu'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour sera adressé à l'intéressé par voie postale.

Par un mémoire complémentaire, enregistré le 17 juin 2024, M. A maintient ses conclusions par les mêmes moyens.

Il soutient, en outre, qu'il n'a pas reçu de récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Saïh, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant congolais né le 12 octobre 1956 à Moyoundzi en République Démocratique du Congo, a été titulaire d'une carte de résident valable du 10 février 2014 au 9 février 2024, laquelle a été prorogée d'une durée de trois mois. Il a sollicité par courriels, restés sans réponse, en date des 6 novembre 2023 et 12 janvier 2024, un rendez-vous pour procéder au renouvellement de son titre de séjour. Par voie postale, il a déposé son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour auprès de la sous-préfecture d'Argenteuil. Par un courriel en date du 2 février 2024, la sous-préfecture d'Argenteuil a confirmé la réception de son dossier et a indiqué que sa demande était en attente d'instruction. Par un courriel, en date du 16 avril 2024, M. A a mis en demeure la sous-préfecture d'Argenteuil de lui transmettre un récépissé de demande de carte de séjour, avant le 3 mai 2024. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de le convoquer aux fins d'enregistrement de sa demande de renouvellement de sa carte de résident et de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur l'exception de non-lieu :

2. Il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date de la présente ordonnance, la demande de renouvellement de la carte de résident de M. A a effectivement été enregistrée par les services de la préfecture du Val-d'Oise et que l'intéressé s'est vu remettre un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour. Le présent litige conserve ainsi un objet. L'exception de non-lieu opposée par le préfet du Val-d'Oise doit, par suite, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, aux fins d'enjoindre à l'administration de prendre toute mesure utile dans un sens déterminé, il doit veiller à ce que cette demande présente un caractère d'urgence et d'utilité, qu'elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la mesure demandée ne fasse obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".

6. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

7. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

8. Il résulte de l'instruction que M. A disposait en dernier lieu d'une carte de résident valable jusqu'au 9 février 2024 et alors qu'il a entrepris les démarches tendant à son renouvellement, il n'a pu obtenir de rendez-vous afin de déposer son dossier et obtenir le récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour. Le préfet du Val-d'Oise ne conteste pas cette affirmation et indique que suite à l'enregistrement de la demande de renouvellement de la carte de résident de M. A, celui-ci se verra remettre un récépissé de demande de renouvellement. Dans ces conditions, compte-tenu des conséquences sur le droit de M. A de se maintenir en France, sa demande tendant à obtenir un rendez-vous pour déposer le dossier de demande de renouvellement de sa carte de résident, qui ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative, présente un caractère urgent et utile.

9. Il y a donc lieu, dans ces conditions, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de convoquer M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance afin de permettre à l'intéressé de déposer sa demande de renouvellement de carte de résident et de se voir remettre un récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre une somme de 800 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de convoquer M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance afin de permettre à l'intéressée de déposer sa demande de renouvellement de carte de résident et de se voir remettre un récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 800 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 18 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

Z. Saïh

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.