Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407607

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407607
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A, ressortissante philippine, qui demandait d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, faute pour la requérante de justifier de circonstances particulières, comme un risque imminent de perte d'emploi ou de mesures d'éloignement, et en l'absence de démarches récentes depuis décembre 2023. La décision rappelle que, pour les demandes autres que le renouvellement de titre, l'urgence doit être démontrée par des éléments concrets. Aucune injonction ni astreinte n'a été prononcée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Tournan, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui adresser une convocation pour, d'une part, déposer sa demande de titre de séjour en vue d'une remise du titre sollicité avant le 15 juin 2024, et, d'autre part, se voir remettre une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail avant le 1er juin 2024, et ce, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie en ce qu'elle est exposée à un risque de mise en rétention et d'éloignement et pénalise la situation administrative de son fils âgé de 17 ans ;

- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'elle constitue pour elle l'unique moyen, après un délai anormalement long dû aux dysfonctionnements de l'administration, d'obtenir un rendez-vous pour déposer sa demande de titre de séjour.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme Saïh, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A fait valoir qu'elle a adressé une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine, par courriels des 26 juillet et 19 septembre 2023. Elle a ensuite déposé sa demande sur le site " démarches simplifiées.fr ", le 15 décembre 2023, et elle ne s'est vue proposer aucun rendez-vous malgré ses relances. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous afin qu'elle puisse notamment déposer son dossier de demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Pour justifier de l'urgence particulière qu'il y aurait à prononcer la mesure d'injonction demandée, Mme A, ressortissante philippine née le 30 octobre 1984, fait valoir qu'elle est entrée sur le territoire français au cours de l'année 2018, qu'elle travaille de façon déclarée depuis mars 2021 comme employée de maison à temps plein et qu'elle a demandé, par deux courriels et par la plateforme " démarches simplifiées.fr " sans succès, un rendez-vous aux services de la préfecture des Hauts-de-Seine en vue de déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. La requérante ajoute que cette situation la maintient dans une situation irrégulière et l'empêche de continuer à travailler et de vivre sereinement et est préjudiciable pour son fils âgé de 17 ans qui ne pourra plus bénéficier de document de circulation pour étranger mineur. Toutefois, Mme A ne justifie d'aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative avant le 26 juillet 2023 et n'établit pas, par les pièces produites, qu'elle risquerait de perdre son emploi de façon imminente. Enfin, la requérante ne produit pas de justificatifs de demandes de rendez-vous, postérieurs au 15 décembre 2023, date du dépôt de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour via la plateforme " démarches simplifiées.fr ". Dans ces conditions, Mme A n'établit pas l'existence d'une situation d'urgence particulière nécessitant la délivrance d'un rendez-vous à bref délai et impliquant que sa demande de titre de séjour soit examinée prioritairement par rapport à celle d'autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne saurait être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 18 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

Z. Saïh

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.