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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2407688

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407688

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407688
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHABANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 mai et 6 juin 2024, M. C A, représenté par Me Chabane, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a ordonné son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Cabane, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la contribution de l'Etat à l'aide juridictionnelle, ou à lui-même, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui sera pas accordée.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière qui a méconnu les droits de la défense ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation, le préfet n'ayant pas tenu compte de la présence en France de tous les membres de sa famille ;

- il méconnait les dispositions des articles 4 et 29 du règlement (UE) n° 603/2013 ;

- faute d'éléments versés à la procédure par le préfet du Val-d'Oise, il n'est pas établi que la saisine des autorités espagnoles a été effectuée dans le délai de deux mois prévu par les articles 21 et 22 du règlement n° 604/2013 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que tous les membres de sa famille résident actuellement sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Fabas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas, conseillère ;

- les observations de Me Chabane, avocate désignée d'office représentant M. A, qui fait valoir que la situation se dégrade de plus en plus à Haïti et que son client craignait pour sa vie, que toute sa famille réside régulièrement sur le territoire français, ce dont la décision ne tient pas compte, et soutient également que le préfet aurait pu se fonder sur l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 compte tenu de la présence sur le territoire français des membres de la famille de M. A ;

- et les observations de M. A qui fait valoir que plusieurs membres de sa famille ont obtenu l'asile sur le territoire français.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant haïtien né le 6 juillet 1991, déclare être entré en France le 13 mai 2023. Il a déposé une demande d'asile le 22 février 2024. Toutefois, la consultation du fichier " Eurodac " a révélé qu'il avait préalablement sollicité l'asile auprès des autorités espagnoles. Saisies le 23 février 2024, les autorités espagnoles ont accepté, par une décision implicite du 10 mars 2024, de reprendre en charge M. A sur le fondement de l'article 18-1 b du règlement CE n°604/2013. Par un arrêté du 13 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise a ordonné son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu d'admettre provisoirement le requérant à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il ressort des pièces du dossier et des déclarations du requérant à la barre du tribunal, non contredites par les pièces produites en défense que, lors de l'entretien individuel mené par un agent de la préfecture, le 22 février 2024, M. A a déclaré disposer d'attaches familiales sur le territoire français, notamment ses parents, ainsi que ses deux frères et ses deux sœurs, lesquels sont en situation régulière sur le territoire français. Il ne ressort ni des termes de la décision contestée ni des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise aurait pris en compte ces éléments avant d'édicter la décision de transfert en litige vers les autorités espagnoles. Par suite, M. A est fondé est soutenir qu'en s'abstenant de procéder à un examen complet de sa situation, le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'une erreur de droit.

5. Il en résulte que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a ordonné son transfert aux autorités espagnoles.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique que l'autorité administrative réexamine la situation de M. A et lui délivrer une attestation de demande d'asile. Il est donc enjoint au préfet du Val-d'Oise, de procéder au réexamen de la situation du requérant, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile prévue par les dispositions de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai de sept jours, à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

7. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de ces dispositions sous réserve que Me Chabane, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : M. C A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a ordonné le transfert de M. A aux autorités espagnoles est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation de M. A et de le munir de l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans les délais respectifs de deux mois et de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Chabane renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Chabane, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 juin 2024.

La magistrate désignée,

signé

L. Fabas

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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