Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407702
lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2407702 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et une pièce complémentaire, enregistrées le 29 mai 2024 et le 11 juin 2024, M. A B, représenté par Me Pierre, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 6 mai 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer une attestation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans l'attente du jugement au fond ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée, dès lors que la décision attaquée porte refus de renouvellement de titre de séjour ; qu'en outre, il est dépourvu de tout document justifiant de la régularité de sa situation administrative et qu'enfin, il risque d'être licencié et de perdre son emploi dès que son employeur sollicitera un nouveau justificatif de son séjour régulier en France ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, en méconnaissance des dispositions de l'article
L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'avis favorable à la délivrance du titre de séjour rendu par la commission du titre de séjour ne lui a pas été communiqué ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, en méconnaissance des dispositions de l'article
R. 40-29 du code de procédure pénale, dès lors que l'agent ayant procédé à la consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaires n'était pas habilité et que l'administration n'a pas sollicité de complément d'informations auprès du Procureur de la République ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 7 ter et 7 quater de l'accord franco-tunisien ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'un défaut de menace à l'ordre public, dès lors que les faits reprochés sont anciens, d'une gravité mesurée, se sont déroulés sur une courte période et qu'il a déployé des efforts de réinsertion ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2407699, enregistrée le 29 mai 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 14 juin 2024 à 9 heures 30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;
- et les observations de Me Grolleau, substituant Me Pierre, représentant M. B, requérant, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, en précisant ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 1er janvier 2000 à Tunis, est entré sur le territoire français, le 28 juin 2013, muni d'un visa court séjour. Il a été mis en possession de plusieurs titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dont le dernier était valable du 28 janvier 2021 au 27 janvier 2023. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour auprès de la préfecture du Val-d'Oise, le 3 mars 2023, sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié. Par un arrêté en date du 6 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision portant rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. B, tels qu'ils ont été analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 6 mai 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par suite, les conclusions de M. B tendant à la suspension de l'exécution de cette décision, y compris celles aux fins d'injonction, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'une situation d'urgence. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 8 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.