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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2407782

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407782

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407782
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDAHHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n° 2404373-2404376 du 30 mai 2024, la présidente du tribunal administratif de Versailles a, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise les deux requêtes de M. B E, enregistrées au greffe du tribunal administratif de Versailles le 26 mai 2024.

I. Par une première requête, et des pièces complémentaires enregistrées le 31 mai 2024 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise sous le numéro 2407782, M. E, représenté par Me Dahhan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2024 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué a été pris par un auteur dont la compétence n'est pas établie ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il réside en France depuis 2016, qu'il justifie d'une insertion professionnelle réussie, que son état de santé nécessite un suivi médical et que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

II. Par une seconde requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise sous le numéro 2407783, M. E, représenté par Me Dahhan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de base légale puisqu'il est fondé sur un arrêté portant obligation de quitter le territoire français qui mentionne le même horaire de notification, ce qui ne permet pas de savoir quel arrêté a été notifié en premier ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robert comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 novembre 2023 :

- le rapport de M. Robert, magistrat désigné ;

- les observations de Me Dahhan, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient, en outre, que la compétence de l'auteur de l'arrêté portant assignation à résidence n'est pas établie ;

- le préfet de la Moselle et le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présents ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant marocain né le 1er août 1996, est entré en France le 2 août 2016 sur couvert d'un visa de court séjour. Interpellé le 25 mai 2024 à la suite d'un contrôle d'identité, l'intéressé a fait l'objet, le jour même, d'un premier arrêté par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et d'un second arrêté par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois. Par la présente requête, M. E sollicite l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2407782 et 2407783 concernent un même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 25 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme D A, agent du bureau de l'éloignement et de l'asile, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°2024-A-31 du 14 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet à l'effet de signer les décisions en litige dans les cadre des permanences des samedis, dimanches, jours fériés, et jours d'ARTT collectifs. En l'espèce, l'arrêté attaqué a été signé un samedi et, si le requérant soutient que Mme A n'était pas de permanence ce jour-là, il ne produit aucun élément de nature à faire douter qu'elle l'était. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de M. E.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré régulièrement sur le territoire français le 2 août 2016 sous couvert revêtu d'un visa de court séjour valable du

26 juillet 2016 au 9 septembre 2016 et qu'il s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration de son visa sans être titulaire d'un titre de séjour. Par suite, la situation de M. E entre dans le champ des dispositions précitées. S'il soutient que cette mesure serait disproportionnée dès lors qu'il justifie d'une insertion professionnelle réussie et que son état de santé nécessite un suivi médical en France, il ne démontre, ni même n'allègue, avoir déposé une demande de titre de séjour sur ces fondements, lesquels ne sont, en outre, pas établis au regard des pièces versées au débat. Enfin, M. E, célibataire et sans enfant, ne démontre pas avoir noué des liens significatifs au cours des années de présence en France dont il se prévaut. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article

L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ()

9. M. E, qui s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa mentionné au point 7, ne démontre, ni même n'allègue, avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, et en absence de circonstance particulière qui l'aurait empêché d'effectuer une telle démarche, c'est sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Moselle a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. Il appartenait au le préfet de la Moselle, qui n'a accordé aucun délai de départ volontaire à M. E, d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire français dont la durée ne pouvait excéder cinq ans. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit aux points précédents, M. E ne démontre pas avoir noué des liens particulièrement significatifs sur le territoire français et n'a jamais entrepris de démarches visant à régulariser sa situation administrative. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée, qui limite à deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français, serait disproportionnée au regard du but poursuivi. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté

En ce qui concerne l'arrêté du 25 mai 2024 portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois :

12. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C F, sous-préfet d'Antony et de Boulogne-Billancourt, ayant reçu délégation à cet effet du préfet des

Hauts-de-Seine par un arrêté n° 2024-26 du 30 avril 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ".

14. M. E fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai prise à son encontre le 25 mai 2024. Par ailleurs, le fait que l'arrêté comportant cette obligation et l'arrêté portant assignation à résidence ont été notifiées concomitamment est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de base légale doit être écarté.

15. Il n'est pas établi que l'éloignement du requérant du territoire français ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Par ailleurs, il ressort du procès-verbal de l'audition effectuée à la suite de son interpellation le 25 mai 2024 que M. E a déclaré être domicilié à Clichy (Hauts-de-Seine) et, s'il fait valoir qu'il exerce une activité professionnelle, il n'apporte pas de précisions sur les horaires d'exercice de cet emploi et ne démontre pas que celui-ci nécessite des déplacements en dehors du département des

Hauts-de-Seine pendant la période d'assignation à résidence. Au demeurant, l'article 2 de l'arrêté attaqué dispose que les conditions d'assignation peuvent être modifiées par l'administration sur justification, par l'intéressé, d'impératifs de vie privée et familiale. Enfin, le requérant est célibataire et sans enfant. Dans ces conditions, M. E ne fait état d'aucune circonstance propre à sa situation qui permettrait d'estimer que la mesure d'assignation à résidence dans ce département prise à son encontre avec obligation d'être présent à son domicile chaque vendredi de 19h à 20h et chaque samedi de 8h à 10h, et de se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi à 10h au commissariat de Clichy pendant une période de 45 jours, renouvelable une fois, présenterait un caractère disproportionné. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes présentées par M. E doivent être rejetées, y compris dans leurs conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et dans celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2407782 et 2407783 de M. E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, au préfet de la Moselle et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

D. RobertLa greffière,

signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle et au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. - 24077830

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