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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2407841

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407841

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantARIGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2024 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, Mme B D, représentée par Me Arigue, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelables.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il méconnait les droits de la défense ;

- il méconnait l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bocquet comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juin 2024 :

- le rapport de Mme Bocquet, magistrate désignée ;

- les observations de Me Arigue, avocate désignée d'office, représentant Mme D assistée d'une interprète en langue géorgienne, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante géorgienne, née le 13 octobre 1998 est entrée sur le territoire français au cours de l'année 2022 selon ses déclarations. Par un arrêté du 4 janvier 2024, le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par arrêté du 1er juin 2024, le préfet du Val-d'Oise

l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours. C'est l'arrêté dont il est demandé l'annulation.

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. A C, sous-préfet d'Argenteuil, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet, consentie par un arrêté du préfet n°23-052 du 20 septembre 2023 publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté aurait été signé par une autorité incompétente manque en fait.

3. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen sérieux, de méconnaissance des droits de la défense et de l'erreur de droit ne sont pas assortis de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doivent à ce titre être écartés.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

5. Mme D soutient que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle justifie d'un permis international lui permettant de conduire, d'un passeport valide, d'un justificatif d'hébergement et de la présence en France de son époux et de ses enfants régulièrement scolarisés et qu'elle ne peut rentrer en Géorgie. Toutefois, l'intéressée se maintient en situation irrégulière sur le territoire français, où sa demande d'asile a été rejetée, et elle fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français depuis le 4 janvier 2024 non contestée. En outre, son époux est également en situation irrégulière et fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Si elle se prévaut d'un domicile, elle produit pour tout justificatif d'hébergement un certificat d'hébergement d'urgence qui ne peut qu'être temporaire. Enfin, elle a indiqué lors de son audition par les services de police le 1er juin 2024 ne pas vouloir quitter le territoire français. Par conséquent, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme D doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 10 juin 2024.

La magistrate désignée,

Signé

P. BocquetLa greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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