Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407945

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantNAMIGOHAR

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant bangladais, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral l'obligeant à quitter le territoire français. La juridiction a relevé que l'acte attaqué était inexistant, le préfet de la Seine-Saint-Denis ayant indiqué ne pas avoir pris un tel arrêté à l'encontre du requérant. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation ont été jugées irrecevables, entraînant le rejet de l'ensemble des demandes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2406293 du 3 juin 2024, enregistrée le 4 juin 2024, le 1er vice- président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête, enregistrée le 11 mai 2024, présentée par M. B.

Par cette requête, M. B, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- cette décision méconnait le 2ème alinéa de l'article L. 511-1-II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le risque de fuite n'est pas établi ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision méconnait l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis indique ne disposer d'aucun dossier concernant le requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article

L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 juillet 2024 :

- le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée, qui a informé les parties de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la requête en tant qu'elles sont dirigées contre un acte inexistant ;

- les observations de Me Gabory, substituant Me Namigohar, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et indique que M. B avait été placé en rétention à Bobigny tout en confirmant n'avoir été destinataire d'aucun arrêté ;

- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais sollicite l'annulation d'un arrêté du 11 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retourner sur le territoire.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la recevabilité de la requête :

4. Il ressort des écritures en défense du préfet de la Seine-Saint-Denis que M. B est inconnu de ses services et qu'aucun arrêté portant obligation de quitter le territoire français n'a été pris à son encontre. A l'audience, si le conseil du requérant indique que ce dernier a été placé en rétention à Bobigny, il confirme dans le même temps n'avoir été destinataire d'aucun arrêté. Dans ces conditions, alors que l'acte attaqué est inexistant, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B sont irrecevables.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais de procédure.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. Charlery La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.